al-Hassan al-Basri(radiyallâhu ta'ala ane-hu !)
12/12/2007 17:04 par momowally
L’un des premiers Soufis formels dans le sens littéraire et général, puisqu’il vêtit toute sa vie un manteau de laine (souf). Le fils d’une esclave libérée de Oumm Salama (la femme du Prophète
), et d’un esclave affranchi de Zayd ibn Thabit (le fils adoptif du Prophète
), ce grand Imam de Basra, le leader des saints et des savants de son temps, était connu pour sa stricte observance de la Sunna du Prophète
. Il fut aussi fameux pour son immense savoir, son austérité et son ascétisme, ses intréprides reproches aux autorités, son pouvoir d’attraction par la parole et par ses apparitions.
Ibn al-Jawzi écrit un livre de 100 pages sur sa vie et ses caractères intitulé Adab al-Chaykh al-Hassan ibn al-Hassan al-Basri. Dans son chapitre sur al-Hassan dans Sifat al-safwa, il mentionne qu’al-Hassan laissa un manteau blanc (joubba) en laine, c’est le seul vêtement qu’il avait revêti au cours des vingt-cinq dernières années de sa vie, en été comme en hiver, et que lorsqu’il mourut, il était d’une impeccable beauté, propre, et de bonne qualité.[45]
Dans le livre qu’il consacra aux dires et aux actions des Soufis, Rawdat al-mihibbin wa nouzhat al-moushtaqin (Le jardin des amoureux et l’excursion des nostalgiques), Ibn Qayyim rapporte:
Un groupe de femmes sortirent le jour de la `Id et regardèrent les gens. On leur demanda: «Quelle est la personne la plus belle que vous avez vue aujourd’hui?» Elles répondirent: «C’est un cheick portant un turban noir.» Elles voulaient dire Hassan al-Basri.[46]
Le maître de hadiths Abou Nou`aym al-Isfanahi (d.430) mentionne dans ses biographies de Soufis intitulées Hilyat al-awliya' (L’ornement des saints) que c’est le disciple de Hassan al-Basri, `Abd al-Wahid ibn Zayd (d.177) qui fut la première personne à construire un hospice spirituel (khaniqa soufi) ou maison de l’hôte et une école à Abadan qui de nos jours fait frontière entre l’Iran et l’Iraq.[47]
Ce fut sur les bases de Hassan al-Basri et sur la renommée de ses disciples reconnus comme Soufis qu’Ibn Taymiyya dit dans son essai al-Soufiyya wa al-fouqara: «L’origine du tassawwouf est Basra».[48] Ceci une est déclaration trompeuse qui équivaut à accuser al-Hassan d’avoir inventé le tassawwouf. Au contraire, Basra est en tête parmi les places renommées pour le développement officiel des écoles de purification qui vinrent à être connues comme tassawwouf et dont les principes ne sont rien d’autre que le Coran et la Sunna comme nous l’avons déjà démontrer abondamment.
Ghazali rapporte les dires de al-Hassan sur la jihad al-nafs dans la section de son Ihya' intitulé Kitab :« riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou'alajat amrad al-qalb » (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des comportements et la guérison des maladies du cœur):
Deux pensées parcourent l’esprit, une provenant d’Allah, une provenant de l’ennemi. Allah couvre de miséricorde un serviteur qui s’installe dans la pensée qui vient de Lui. Il étreind la pensée qui vient d’Allah, tandis qu’il lutte contre celle qui vient de l’ennemi. Pour illustrer l’attraction mutuelle du cœur entre ces deux pouvoirs, le Prophète
dit: «Le cœur du croyant repose entre deux doigts du Miséricordieux»[49]… Les doigts signifient le bouleversement et l’hésitation dans le cœur… Si l’Homme suit les ordres de la colère et de l’appétit, la domination de satan apparaît en lui à travers les passions oisives (hawa) et son cœur devient le nid et le contenant de satan, qui se nourrit de passions. S’il combat ses passions et ne les laissent pas dominer son ego, imitant en ceci le caractère des anges, à ce moment son cœur devient le lieu de quiétude des anges et ils s’y posent.
Une mesure de la dimension du scrupule (wara') et de la peur de Hasan Al-Basri envers Allah est illustrée par sa déclaration suivante, citée aussi par Ghazali:
«L’oubli et l’espoir sont deux puissantes bénédictions sur les descendants d’Adam; mais pour cela les Musulmans ne devraient pas marcher dans les rues.»[50]
Ibn `Abidin rapporte dans son al-Dourr al-moulkhtar que l’Imam Abou Hanifa dit: «Si je n’avais pas eut deux années, j’aurais péri.»
Ibn `Abidin commente:
Pendant deux années, il accompagna Sayyidina Ja`far al-Sadiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie… Abou `Ali Daqqa (le cheick de l’Imam Qouchayri) reçu l’initiation d’Abou al-Qasim al-Nasiribadi, qui la reçu d’al-Chibli, qui la reçu de Sari al-Saqati qui la reçu d’al-Ma`rouf al-Karkhi, qui la reçu de Dawoud at-Ta`i, qui reçu les deux connaissances, l’interne et l’externe de l’Imam Abou Hanifa.[51]
Ibn Qayyim al-Jawziyya rapporte dans Madarij al-salikin, et Ibn al-Jawzi dans le chapitre intitulé «Abou hashim al-Zahid» dans son Sifat al-safwa après le maître de hadiths Abou Nou`aym dans son Hilyat al-awliya', que Soufyan al-Thawri dit:
S«i ce n’était pas à cause d’Abou Hachim al-Soufi (d.115), je n’aurais jamais perçu la présence des plus subtiles formes d’hypocrisie en moi … Le meilleur est le Soufi érudit en jurisprudence.»[52]
Ibn al-Jawzi rapporte aussi le passage suivant:
Abou Hachim al-Zahid dit: «Allah a marqué l’aliénation sur le monde afin que la compagnie fraternelle des mouridin (les aspirants) ne consiste qu’à être uniquement avec Lui et non avec le monde, et afin que ceux qui Lui obéissent viennent à Lui en négligeant le monde. Le Groupe des connaisseurs d’Allah (ahl al-ma`rifa billah) sont étrangers dans le monde et ont très envie de l’au-delà.»[53]
Imam Malik (94-179 H/ 716-795)
Un savant de Madina, fut connu pour sa grande piété et son amour pour le Prophète
, qu’il aimait et vénérait à tel point qu’il ne montait jamais à dos de son cheval dans les limites de Madina en guise de respect à la terre qui contenait le corps du Prophète
, il ne rapportait aucun hadith sans avoir accompli d’abord son ablution. Ibn al-Jawzi rapporte dans le chapitre intitulé «La couche 6 des gens de Madina» dans son livre Sifat al-sawfa:
Abou Mous`ab dit: J’entrai pour voir Malik ibn Nas. Il me dit: "Regarde à ma place de prière ou sous ma natte de prière voit ce qu’il y a". Je regardai et j’y trouvai une certaine écriture. Il me dit : "Lis la!" Je constatai qu’elle contenait le récit d’un rêve que l’un de ses frères avait fait et qui le concernait. Il dit (lisant ce qui était écrit): «Je vis le Prophète
dans mon sommeil. Il était dans sa mosquée et les gens étaient autour de lui, et il dit: J’ai caché sous ma chaire (minbar) une bonne chose – ou une connaissance – et j’ai ordonné à Malik de vous la distribuer.» Malik alors pleura, je me levai et pris congé de lui.[54]
Juste comme Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri implicitement affirmèrent la nécessité de suivre la voie soufie afin d’acquérir la perfection, l’Imam Malik ordonna explicitement la pratique du tassawwouf dans sa déclaration suivante comme un devoir des savants:
"Quiconque pratique le Tassawwouf sans étudier la Loi Sacrée (la jurisprudence) corrompt sa foi, alors que quiconque étudie la Loi Sacrée (la jurisprudence) sans pratiquer le Tassawwouf est un hérétique. Seulement celui qui combine les deux atteindra la vérité."
Cette déclaration est rapportée par le mouhaddith Ahmad Zarrouq (d.899), le hafiz `Ali al-Qari al-Harawi (d.1014), les mouhaddiths `Ali ibn Ahmad al-`Adawi (d.1190) et Ibn `Ajiba (d.1224) et autres.[55]
Ibn `Ajiba explique:
Cheick Ahmad Zarrouq dit: «Le tassawwouf a plus de deux milles définitions, qui vont toutes dans le sens de la sincérité et de la dévotion à Allah … Chaque définition correspond à l’état et l’étendue de l’expérience de celui qui le pratique, ce qui lui fera dire: «Le Tassawwouf est ceci ou cela.»
Il s’en suit que chacun des saints cités (dans le Hilyat al-awliya' d’Abou Nou'aym) qui ont une part de détermination sincère (sidq tawajjouh) ont une part dans le tassawwouf, et le tassawwouf de chacun consiste dans sa sincère détermination. En tant que règle, la sincère détermination est une nécessité de la religion dans la mesure où elle forme à la fois la manière et le contenu des actions qu’Allah accepte. La manière et le contenu ne sont pas fiables à moins que la sincérité de la détermination soit fiable. «Il n’approuve pas la non reconnaissance en Ses serviteurs, mais si vous êtes reconnaissant, Il l’agrée pour vous» (39:7).
Ainsi l’Islam exige des actions, et il n’y a pas d’auto-purification (tassawwouf) sans la connaissance de la Loi (fiqh), car les commandes externes d’Allah ne sont connues que par la connaissance de la Loi; et il n’y a pas de connaissance de la Loi sans l’auto-purification, comme il n’y a pas d’action sans sincérité dans la détermination, et il n’y a rien sans croyance. Ainsi , par définition la Loi les exige toutes, juste comme le corps et l’esprit ont besoin l’un de l’autre, aussi comme l’on ne peut exister ou être complet dans le monde qu’en étant en conjonction avec les autres. Ceci est la définition de la déclaration de l’Imam Malik: «Celui qui pratique le Tassawwouf sans avoir appris la Loi Sacrée … » [56]
Al-hafiz al-Souyouti rapporte dans Ta'yid al-haqiqa al-`aliyya que l’Imam Chafi`i dit:
J’accompagnai les soufis et reçu d’eux trois mots: leur déclaration que le temps est un sabre: si tu ne le coupe pas, il te coupe; leur déclaration que si tu ne te préoccupe pas ton égo avec la vérité, il te préoccupera avec le mensonge; leur déclaration que la déprivation est une immunité.[57]
Le mouhaddith al-`Ajlouni rapporte aussi dans son livre Kachf al-Khafa wa mouzil al-albas que l’Imam Chafi`i dit:
Trois choses m’ont plu dans ce monde: éviter l’affection, traiter les gens avec indulgence et suivre la voie du tassawwouf.[58]
Mouhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (d.1188) rapporte dans son Ghidha' al-albab li-charh manzoumat al-adab de la part d’Ibrahim ibn `Abd Allah al-Qalanassi que l’Imam Ahmad dit au sujet des soufis:
«Je ne connais pas de gens meilleurs qu’eux.» Quelqu’un lui dit: «Ils écoutent la musique et ils atteignent des états extatiques.» Il dit: «Est-ce que tu les empêches de se réjouir quelque temps avec Allah?»[59]
Cheick Amin al-Kourdi dit: l’Imam Ahmad conseillant son fils dit:
«O fils, tu dois tenir compagnie avec les gens qui pratiquent le soufisme parce qu’ils sont une fontaine de savoir et leurs cœurs sont en constante invocation. Ils sont les ascétiques, et ils ont le plus puissant pouvoir spirituel.»[60]
L’Admiration des Soufis par l’Imam Ahmad est confirmée par son respect vis-à-vis de al-Harith al-Mouhassibi, quoiqu’il exprima un avertissement au sujet des difficultés de la voie Soufie pour ceux qui ne sont pas préparés à la suivre, dans la mesure où cela peut ne pas être facile pour la majorité des gens de suivre la voie de ceux au sujet desquels Allah dit au Prophète: «Et résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face …» (18:28).
L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243)
Il fut l’un des premiers auteurs de traité de Soufis et maître de al-Jounayd. `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Taj al-Din al-Soubki, et Jamal al-Din al-Isnawi, tous reconnaissent et réitèrent que «Sur les livres de al-Harith ibn Assad al-Mouhassabi sur le kalam, le fiqh, et le hadith reposent ceux parmi nous qui sont moutakallim (théologiens), faqih (juristes), et Soufis»[61] Ses livres encore existants sont:
· Kitab al-ri`aya li houqouq Allah (Le livre d’observance des droits d’Allah; Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam en écrivit une version abrégée.[62]
· Kitab al-tawahhoum (Le livre d’imagination), une description du jour du Jugement;
· Kitab al-Khalwa (Le livre de la retraite spirituelle);
· Rissalat al-moustarshidin (Traité pour ceux qui demandent à être guidé);
· Kitab al-Coran (Le livre de la compréhension du Coran);
· Kitab mahiyyat al-`aql wa ma’nahou wa ikhtilaf al-nas fihi (Le livre de la nature et le sens de l’esprit et les différences parmi les gens à ce sujet;
· al-Massa`il fi a’mal al-qouloub wa al-jawarih wa al-`aql (Les questions concernant les travaux des cœurs, des pieds et de l’esprit;
· Kitab al-`azama (Le livre de la magnificence);
· al-Wassaya wa al-nassa`ih al-diniyya wa al-nafahat al-qoudsiyya li naf`i jami' al-bariyya (Les héritages et conseils spirituels et les dons sanctifiés pour le bénéfice de toutes les créatures).
Le passage suivant est extrait d’al-Wassayat dans lequel al-Mouhassibi décrit le parcours de sa recherche de la vérité parmi les groupes variés de musulmans, son entrée dans la voie Soufie, et les caractéristiques des Soufis comparées aux non-Soufis:
Il a été clairement dit que cette Communauté sera divisée en soixante-dix groupes impairs, l’un d’eux est le groupe Sauvé, et Allah sait mieux au sujet du reste. J’ai consacré une partie de ma vie à étudier les différences de cette Communauté, cherchant la méthode claire et le droit chemin, recherchant le savoir et agissant par rapport à cette connaissance, guidé sur le chemin de l’au-delà aux moyens des directives des savants. Je compris une grande partie de la parole d’Allah (le Coran) à travers l’interprétation des juristes. J’ai contemplé les conditions de cette Umma, j’ai regardé ses voies de pensée et discours et j’ai compris de ce constat ce qui a été prédestiné pour moi.
Je vis leurs divisions comme un océan profond où plusieurs se sont noyés, et peu furent sauvés. Je vis que chaque groupe prétend que le salut est pour ceux qui les suivent et la destruction est pour tout ceux qui leur sont opposés. Ainsi je compris que les gens sont de différent types:
· Parmi eux est celui qui possède la connaissance de l’au-delà – il est très difficile de le trouver et il est rare;
· un autre type est l’ignorant; prendre ses distance de celui-ci est une bénédiction;
· un autre type est celui qui prétend être un savant, alors qu’il est attaché à la dunya, la préférant en réalité à toute autre chose;
· un autre type est celui possédant la connaissance, étant une référence pour la religion, mais utilisant sa connaissance comme une source de célébrité et de gain de prestige, échangeant sa religion pour le refus de cette dunya;
· un autre type est celui qui a la connaissance mais ne sachant pas le sens réel de ce qu’il possède;
· un autre type est celui qui apparait comme un ascétique, cherchant la vertu, mais il est impuissant, et sa connaissance ne peut pénétrer les cœurs de son audience, et ses dires ne sont pas fiables;
· un autre type est celui doté d’intelligence et de savoir, alors qu’il manque d’abstinence - à travers - la peur d’Allah (wara') et sa méfiance (taqwa);
· un autre type sont les disciples de leurs passions et de leurs bas-désirs, ceux qui s’humilient pour l’amour de la dunya, cherchant une position élevée ;
· un autre type ce sont les démons humains empêchant les gens de chercher l’au-delà, qui luttent comme des chiens pour la dunya, l’adulant, et ne voulant rien d’autre que d’en obtenir au maximum, qui partant de là sont vivants dans cette dunya, mais en réalité ils sont morts; ce qui est vrai est faux selon eux et ils considèrent les vivants et les morts égaux.
Je me cherchai une voie parmi ces différents types et je devins perplexe. Ainsi j’ai décidai d’être guidé par les guides, demandant du support et de la directive, et je pris la connaissance pour guide. Je réfléchi et examinai les choses méticuleusement, jusqu’à ce qu’elles me deviennent claires – avec le Livre d’Allah, la Sunna de Son Prophète
, et le consensus de la Communauté pour preuve – il était évident que suivre son désir rend aveugle dans la recherche de la vérité, et que l’on perd sa voie vers la vérité, et accentue son aveuglement.
Alors je commençai à vider mon cœur de tous les bas-désirs (hawa), et je me concentrai sur les divisions de la Umma, à la recherche du Groupe sauvé, attentif à ceux qui ont suivi les désirs destructifs et les goupes égarés, faisant attention de ne pas faire un pas sans en être sûr, cherchant la voie du salut pour mon âme.
Ainsi je trouvai – comme l’unanimité de la Umma la dérive du Coran – que la voie du Salut est dans la peur d’Allah (taqwa), dans la performance des obligations, dans la peur d’Allah au sujet de ce qu’Il a permis et de ce qu’Il a interdit (wara') et les limites qu’Il a établies, dans la sincérité envers Allah à travers l’obéissance et suivant les exemples de Son Messager. Je cherchai le savoir des obligations (fara`id) et les pratiques Prophétiques (Sunna) des savants, des narrations, et je trouvai en eux à la fois l’accord et la division, mais je trouvai qu’ils s’accordent tous sur le fait que la connaissance des obligations et de la Sunna sont avec ceux qui connaissent Allah et Ses ordres, les Connaisseurs d’Allah qui agissent selon Son bon plaisir, craignant pleinement de violer ce qu’Il a interdit, se façonnant de l’exemple de Son Messager, et préférant l’Au-delà à ce monde: ce sont ceux qui s’accrochent fermement aux commandes d’Allah et aux voies des Messagers.
Alors, je regardai parmi cette Communauté pour ce genre de serviteurs qui sont connus pour leurs talents, et cherchai à bénéficier de leur savoir, et je trouvai qu’ils étaient extrêmement rares et peu nombreux, et que leur genre de savoir est en train de disparaître, comme le Messager d’Allah
l’a dit: «Lorsque l’Islam commença ils étaient étranges, et ils deviendront étranges encore, comme au début, et la bonne nouvelle est aux étranges»[63] – et ils sont solitaires avec leur religion. Je sentis que ma calamité augmentait du fait de la disparition des saints Vertueux (al-awliya' al-atqiya'), et j’eus peur qu’une mort soudaine m’arrive pendant que je suis encore troublé sur la division de cette Umma. Alors je commençai à chercher un maître: et je n’avais pas d’autre choix que d’en trouver un, et je fis de mon mieux jusqu’à ce que Celui qui est Affectueux envers Sa Création me permis de rencontrer leur groupe .
Je trouvai en eux les signes de Taqwa et les qualités de wara' et la préférence de akhira sur la dunya, et trouvai que leurs intructions et leurs conseils sont en conformité avec les actions des maitres de guidance, et je les trouvai regroupés, unis à donner des conseils à la Communauté, n’encourageant personne à Lui désobéir ni à perdre espoir en Sa Miséricorde, ils acceptent toujours et patiemment les fardeaux et les difficultés, ils sont contents avec le destin et reconnaissant dans la prospérité. Ils emmènent la création à aimer leur Seigneur en parfait repentir en leur rappelant Ses faveurs et ses bontés, et ils les encouragent à remettre toutes leurs affaires à Allah, à leur faire connaître Sa Grandeur, Son livre et la Sunna, Sa Religion, Ce qu’Il aime et ce qu’Il n’aime pas, à être prudent et éviter les nouveautés et les caprices, se garder des extrêmes et des exagérations, mépriser les disputes et les arguments, se garder de la médisance et de l’oppression, s’opposer à leurs désirs, prendre leur responsabilité, contrôler leurs sens, être prudent dans leur nourriture, leur habillement et toutes leurs situations, évitant tout ce qui est douteux, évitant les bas-désirs, se satisfaire du minimum de nourriture, supprimer ce qui est indifférent, la renonciation en ce qu’il est permissible, la peur du Jugement, la circonception de la Résurrection, être affairé avec leur propre fardeau, strict avec eux-même et non avec les autres. Chacun d’eux a ses propres affaires qui le préoccupent, chacun d’eux est savant concernant l’Akhira et la description du Jour du Jugement, l’abondante récompense et la douloureuse punition. Ceci est ce qui explique leur constante anxiété et incessante inquiétude qui les éloigne de la joie de la dunya et ses plaisirs.
Ce groupe a endossé les caractères de cette religion, et dessiné les lignes définitives pour la renonciation (wara') d’une manière qui a contracté ma poitrine avec peur, et me rendit clair que la conduite de la religion et la sincérité mêlées à la crainte (wara') est un océan que quelqu’un comme moi ne peut pas comprendre; ainsi je vins à réaliser l’étendue de leurs vertus, à voir clairement leur inquiétude, et je devins de plus en plus certain qu’ils sont ceux qui luttent dans la Voie de l’au-delà, les vrais disciples de l’exemple des Messagers, la source de ceux qui demandent à être éclairé, et des conseillers pour ceux qui ont besoin de conseils.
Ainsi je commençai à m’intérresser à leur voie, bénéficiant d’eux, acceptant leur code de conduite, prenant plaisir à leur obéir. Je ne vois rien d’égal à eux, et je ne préfère rien à eux, et Allah me bénit avec un genre de connaissance dont la véracité me devint claire et dont j’ai vu la totalité. J’espère que le salut atteindra ceux qui l’accepte et l’adopte, et je suis certain que le support viendra à quiconque la pratiquera.
J’ai trouvé de la malhonnêteté en ceux qui s’opposent à cette voie, et la rouille s’est accumulée sur le cœur de quiconque l’ignore et la nie. J’ai découvert que la preuve suprême est avec celui qui la comprend et j’ai découvert que l’adopter et agir en s’y conformant est une obligation pour moi; ainsi j’y ai cru de tout cœur et l’ai gardé dans ma conscience et fait d’elle la fondation de ma religion, et j’y ai établi mes actions, et je suis passé à travers différents états d’expérience.
J’ai demandé à Allah de me donner l’abilité de Le remercier pour la Générosité qu’Il a répandu sur moi et de me donner la force de performer les tâches se rapportant à ce qu’Il m’a enseigné, sachant mes défauts et sachant que je ne pourrai pas Le remercier suffisamment.[64]
La Piété de L’Imam Ahmad devant Al-Mouhassibi
Voici le récit de la première fois que l’Imam Ahmad a entendu al-Mouhassibi parler directement, raconté par le hafiz al-khatib al-Baghdadi dans son Histoire de Bagdad:
Ahmad ibn Hanbal n’aimait pas les spéculations de al-Harith dans la science du calame de même que les livres qu’il éditait. Fréquemment, il mettait les gens en garde contre al-Harith. Mouhammad ibn Ahmad Yaqoub appris de Mouhammad ibn Nou`aym al-Dabbi: J’entendis l’Imam Abou Bakr Ahmad ibn Ishaq - al-Sibji - dire: J’entendis Isma`il ibn Ishaq al-Sarraj dire: «Ahmad ibn Hanbal me dit un jour: J’ai appris que ce Harith est souvent chez toi. Qu’en est-il si tu m’invitais et me plaçais quelque part où je pourrais l’entendre sans être vu?» Je répondis: «Certainement, O Abou `Abd Allah!» et j’étais content de ce premier pas de sa part. Je partis et je demandai à al-Harith de venir nous visiter cette même nuit comme ses compagnons y seront aussi. «O Isma`il, ils sont nombreux, par conséquent tu ne leur serviras que de l’huile et des dattes, et seulement ce que tu peux.» Je suivis ses intructions et je partis informer Abou `Abd Allah. Il vint après Maghrib, alla s’installer dans une petite chambre la-haut et commençai à réciter ses dévotions usuelles (wird). Al-Harith et ses compagnons arrivèrent, mangèrent, et se levèrent pour prier salat al-`icha, et ils ne prièrent pas après cela. Ensuite, ils s’asseillèrent silencieusement devant al-Harith et ne dit aucun mot jusqu’au milieu de la nuit. L’un d’eux alors posa une question à al-Harith et celui-ci commença à parler. Ses compagnons l’écoutèrent comme s’ils avaient peur d’effrayer un oiseau. Certains pleuraient. D’autres poussaient des petits sanglots au fur et mesure qu’il parlait. Je partis alors dans la chambre pour voir Abou `Abd Allah et le trouvai évanoui à force d’avoir pleuré. Je redescendis. Ils continuèrent ainsi jusqu’au matin où ils se levèrent et s’en allèrent. Je retournai là-haut voir Abou `Abd Allah. Il avait changé. Je lui demandai: «Que penses-tu maintenant de ces gens?» Il dit: «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu leur pareil, ni entendu sur la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme. Néanmoins, malgré ce que je viens de dire, je ne te vois pas en vérité apte à leur tenir compagnie. Ensuite il se leva et s’en alla.[65]
Al-Soubki expliqua la réaction ambigüe de l’Imam Ahmad de la façon suivante:
Considérons ce récit avec attention et sachons que Ahmad ibn Hanbal ne considérait pas sage pour cet homme (al-Sarraj) de joindre leur compagnie parce qu’il n’était pas l’un de ceux qui pourrait s’élever à leur niveau. En vérité, ils étaient sur un chemin difficile ; tous les gens ne peuvent pas entreprendre équitablement ce chemin qui fait peur. Autrement, Ahmad aurait-il pleuré et glorifier al-Harith de la manière dont il fait ses éloges?[66]
Quelqu’un pourrait soulever des objections:
Question. Al-Harith et ses compagnons ont prié salat al-`icha' pendant que Ahmad était présent. Pourquoi Ahmad n’a t-il pas joint la prière prescrite, sachant précisément que la position d’Ahmad était de joindre la prière du groupe celle-ci étant obligatoire?
Réponse. Ahmad était avec le groupe, mais à l’étage, séparé du groupe, précisément dans une chambre où il pourrait entendre - mais sans nécessairement voir al-Mouhassibi, comme le rapport le mentionne? Plus loin:
- Ce n’est pas affirmé dans le rapport qu’il n’a pas prié derrière lui.
- C’est possible qu’il ne fusse pas en ablution.
- C’est possible qu’ils aient retardé le temps de `Icha et qu’au moment où ils priaient, il avait déjà fini.
Le premier cas ci-dessus est le moindre qui peut être dit, et tous les cas ont tendance à dire: Il n’a pas délibérément prié derrière lui pour plusieurs raisons parmi lesquelles: on sait que `Oumar pria derrière al-Hajjaj ibn Youssouf al-Thaqafi qui était un tyran qui répendit le sang d’innocents; il est aussi su que Ibn `Oumar pria derrière les Gens d’Innovation dont les Khawarij. Il disait souvent que: «La prière est une excellente action (hassana) et cela m’est égal que quiconque y prenne part avec moi et quiconque dit: Hayya `ala al-Salat, je lui répond oui.» [67]
Dire que l’Imam Ahmad ne pria pas délibérement derrière al-Mouhassibi est équivalent à attribuer à l’Imam Ahmad l’un des points de vue suivant:
- Ou bien il considérait al-Mouhassibi pire que al-Hajjaj et les Kwararij, ce qui est absurde et impieux;
- Ou bien il laissa la pratique du Sahaba `Abd Allah ibn `Oumar, quoique le madhab Hanbali est en partie une revivication de celle-ci, et ceci n’est pas le cas.
Question. Pourquoi Ahmad mentionna-t-il `ilm al-haqa`iq (la science des réalités) qui est une terminoligie Soufie?
Réponse. L’Imam Ahmad acceptait la terminologie Soufie. Il n’y a plus rien à dire à ce sujet. Supposer que cela est peu probable est parfaitement acceptable, mais supposer que ceci est impossible est faux. Encore, la fin de l’argument est que le rapport est fiable selon le critère des maîtres de hadiths, ainsi laissons la spéculation dans la mesure où nous avons une évidence solide.
Q. Pourquoi al-Dhahabi n’acceptait-il pas l’authenticité du récit?
R. al-Dhahabi fit des commentaires ambigus dans son Mizan al-I’tidal au sujet du récit ci-dessus, mais il ne questionne pas l’authenticité de sa chaîne de transmission. Il l’authentifie mais y exprime de la mécréance[68]. Cependant, son rejet subjectif, quoique connaissant le sujet – sa biographie de l’Imam Ahmad est d’environ 300 pages – n’est pas crédible devant l’évidence.
Il est clair que Dhahabi admirait al-Mouhassibi car il l’appela «d’un haut niveau» dans son Siyar a`lam al-noubala':
L’Ascétique, le Connaisseur…Je dis: al-Mouhassibi est d’un haut rang, et il toucha brièvement à la théologie spéculative; par conséquent, il eut des reproches à ce niveau.[69]
Tous les maîtres Soufis sont des savants de la Sunna, autrement ils ne seraient pas qualifiés de maîtres Soufis. De l’autre côté, plusieurs grands savants qui ne sont pas des maîtres Soufis admiraient profondément ces gens et voyaient clairement qu’ils étaient du groupe des élus d’Allah ou des awliya. L’histoire et ces jours présents sont remplis d’innombrables Savants de l’Islam, des muftis de nations aux cheicks al-Ahzar, et des ministres de l’Education Islamique aux Présidents des Ligues de Savants Islamiques, qui ont vu et compris que ces maîtres Soufis pratiquaient mieux la Sunna que ceux qui mémorisaient seulement les lois de la Chari`a. Plusieurs maîtres Soufis ont atteind de hautes positions parmi les savants de l’Islam de leur temps.
Certains aujourd’hui sont enclin à utiliser le terme «conflit» entre ce qu’ils imaginent être maîtres de tassawwouf d’un côté et non-savants Soufis de l’autre. Ceci est une dichotomie artificielle qui n’existe pas en réalité dans la communauté du Prophète. Cependant, certains frères non informés ou mal intentionnés prennent quelques citations illustrant des différences parmi les savants en vue de désunir et de créer l’image de ce qu’ils appellent «une histoire de conflict».
En réalité, les savants représentant les Quatre Madhahib en Islam ont défendu ceux qui pratiquent le tassawwouf de la diffamation érigée contre eux en certaines parties du monde Islamique. Pourquoi alors encore aujourd’hui certains sont-ils en train de fouiller les livres de littérature Islamique essayant de raviver quelques insignifiantes issues déjà résolues et semer le doute dans les cœurs de nos frères au sujet des voies de l’Islam? Ils mentionnent par exemple la censure d’Ibn al-Jawzi de quelques excès dans Talbis Iblis comme si c’était une condamnation entière du tassawwouf, oubliant qu’il écrivit plusieurs pages et des livres entiers sur les premiers Soufis dont Rabi`a al-`Adawiyya et Ibrahim al-Adham; ou bien ils mentionnent le blâme de kalam de l’Imam Ahmad dans la méthode de Mouhassibi, oubliant qu’il admirait beaucoup les discours Soufis d’al-Mouhassibi; ou bien ils citent le rapport de al-Dhahabi sur la censure d’Abou Zour`a d’al-Mouhassibi et la lamentation de Dhahabi sur le niveau médiocre d’érudition de hadith dans les livres Soufis, oubliant que Dhahabi admirait al-Mouhassibi et exprimait le plus grand respect pour les Soufis.
Il est étrange que Dhahabi soit cité pour illustrer des points de vue anti-Soufis alors qu’il dit explicitement au sujet de l’un des Soufis qui fut le plus attaqué, Ibn al-Farid: «Ne vous empressez pas à le juger.» Ici est la remarque de Dhahabi sur Ibn al-Farid dans Mizan al-i`tidal:
Il rapporta des hadiths de al-Qassim ibn `Assair; il parla haut d’une union franche avec Allah dans sa poésie, et ceci est une grande calamité: par conséquent, examinez précieusement ses compositons et ne vous empressez pas de juger, au contraire, aillez la meilleure opinion des Soufis (hassin al-zanna bi al-soufiyya).[70]
Voici encore d’autres extaits et exemples des éloges des Soufis de Dhahabi, tirés de Siyar a`lam al-noubala':
[#506] al-`Abdin connu sous le nom de Qassim al-Jou`i (d.248): l’Imam, le modèle, le saint, le Mouhaddith…le cheick des Soufis et l’ami d’Ahmad ibn al-Hawari. Il est connu comme al-Jou`i.
… Je dis, les acsétiques (zouhhhad) de ce temps étaient al-Jou`i à Damas, al-Sari al-Saqati à Bagdad, Ahmad ibn Hard à Naysabour, Dhou al-Noun en Egypte, et Mouhammad ibn Aslam à Tus. Où sont les semblables à ces maîtres? Seulement la poussière remplira mes yeux, ou ce qui est sous la poussière!
[#969] Chihab al-Din al-Souhrawardi; le cheick, l’Imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le Mouhaddith, le Cheick Al-Islam, le Hors-Pair des Soufis…
[#512] Je dis: si vous voyez le Soufi se consacrer au hadith, alors ayez confiance en lui, et si vous le voyez s’éloigner du hadith alors retirez-vous de lui…
Ceci est une louange indirecte à tous les Soufis, dans la mesure où aucun d’eux ne peut être que dévoué aux hadiths et s’y référant constamment. Ces lignes montrent que Dhahabi n’était en aucun cas contre le tassawwouf, au contraire, il protesta contre quelques éléments de quelques Soufis qu’il ne voyait pas être dans sa ligne de compréhension de la Sunna. Il ne considéra pas la différence entre les adhérents et simples prétendants au tassawwouf, quoiqu’il le mentionna ailleurs .
Les Maîtres Soufis de Hadiths de Dhahabi
Les Soufis parmi les maîtres de hadiths de Dhahabi sont trop nombreux pour être cités. Ci-dessous quelques noms comme cela est énuméré par Dhahabi lui-même dans son Mou`jam shouyoukal-Dhahabi ou «l’abrégé des cheicks (de hadiths) de Dhahabi»:
· Ahmad ibn Abou al-Ma`ali al-Abarqouhi (d.701), qui dit au cours de sa dernière maladie lorsqu’il était à la Mecque: «Je mourrai de cette maladie parce que le Prophète m’a promis que je mourrais à Mecque.»[71]
· Ahmad ibn `Abd Allah al-Qadi Chouqayr (d.715), le Soufi Hariri.[72]
· Ahmad ibn `Abd Allah al-Rahman al-Chahrazouri al-Soufi al-Qadiri (d.701).[73]
· Ahmad ibn `Abd al-Moun`im Roukn al-Din Abou al-`Abbas al-Qazwini al-Tawoussi al-Soufi (d.704.).[74]
· Ahmad ibn `Ali al-Qadi al-Jayli al-Dimaschqi al-Soufi (d.724).[75]
· Ahmad ibn Mouhammad Najm al-Din Abou al-`Abbas ibn Sasra (d.723), le chef juge Chafi`i (qadi al-qoudat) et le chef des enseignants religieux (cheick al-chouyouck) à Damas. Il désapprouva Ibn Taymiyya et présida à son jugement à Damas en 705.[76]
· «Mon ami» Charaf al-Din Ahmad ibn Nasr Allah al-Faqih al-Soufi (d.730), de la Khaniqa al-Tawawis.[77]
· al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Barakat al-Ba`albaki, connu comme Ibn al-Qourachiyya (d.740): «L’un des remarqables fouqara' Qadiri, un homme de religion, de clarté, de perfection, aimable, et de rare bénéfice.»[78]
· al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Dawoud al-Hakkari al-Kourdi al-Mouqri' al-Soufi al-Zahid (d.712), le père de Chams al-Din et d’`Imad al-Din.[79]
· Le leader et Cheick Sadr al-Din Abou al-Majami' Ibrahim ibn Mouhammad al-Jouwayni al-Khourassani al-Soufi al-Mouhaddith (d.720). Dhahabi rapporta que le gouverneur Mongol Ghazan Khan accepta de devenir Musulman par lui. Il ajouta: «Il était extrêmement respecté par les Soufis à cause du niveau spirituel de son père Sa`d al-Din ibn Hammouwayh (ou Hamawayh).»[80] Sa`d al-Din (d.678) fut cheick al-chouyoukh à Damas.[81]
· «Mon cheick» Ibrahim ibn Mounir al-Ba`albaki al-`Abid al-Zahid al-Sayyah (d.725).[82]
· Ichaq ibn Ibrahim Mouzaffar al-Misri al-Waziri al-Mouqri' al-Mou`addid al-Soufi (d.719), l’enseignant des orphelins.[83]
· Aqouch Abou Mouhammad Houssam al-Din al-qoutbi al-Younini (d.720), «il était l’un des Soufis d’al-Assadiyya, il était pieux et récitait beaucoup le Coran.»[84]
· «Mon compagnon» `Izz al-Din al-Hassan ibn Ahmad al-Irbili le medecin (d.726), «il était l’un des Soufis de Douwayrat Hamd.»[85]
· Houssayn ibn Moubarak al-Mawsili al-Soufi (d.742). «Il était un homme de bonté et pieux. Il rédigea plusieurs livres de savoir et des livres au sujet de la Sunna, et il resta en compagnie des fouqara'.»[86]
· Abou Sa`d al-Khidr `Abd Allah al-Jouwayni al-Dimachqi al-Soufi (d.674). «Il était le cheick de la khaniqa soumayssatina… Il rédigea un livre d’histoire en deux volumes rempli de bienfaits et de merveilles.»[87]
· Oumm Mouhammad Zaynab bint `Ali al-Wassiti (d.695). «Une femme versée dans la servitude, dans le jeûne, forte, humble, honorable. Son frère l’Imam Taqi al-Din ibn al-Wassiti avait l’habitude de la visiter pour bénéficier de sa bénédiction (yaqsoud ziyarataha wa al-tabarrouk biha).»[88]
· Zayn al-`Rab bint `Abd al-Rahman al-Dimachqiyya al-Soulamiyya (d.704). Elle était la cheicka de la ribat à al-Kharimiyyin.[89]
· Abou `Ali Souwanj ibn Mouhammad al-Tourkoumani al-Dimachqi al-Faqir (d.694).[90]
· Abou al-Barakat Cha`ban ibn Abi Bakr al-Irbili al-Soufi al-Qadiri al-Zahiri al-Zahid (d.711). «Il était un homme de bonté, de clairvoyance, modeste, raffiné, qui n’a ni lu ni écrit.»[91]
· Abou Ghanim Zafir ibn Ja`far al-Soulami al-Dimachqi (d.615). «Il était l’un des fouqara' du mouqsoura (tombeau de saints) des Halabiyyin.»[92]
· Charaf al-Din `Abou Mouhammad Abd Allah ibn `Abd al-Halim ibn Taymiyya al-Harrani al-Hanbali (d.727). «Frugal dans son manger et dans son habillement, doté de plusieurs qualités, il avait l’habitude de faire des reproches à son frère sur certaines choses (Taqi al-Din Ibn Taymiyya) qu’il considéra blâmables de sa part.»[93]
· Ibn Abou Nasr `Abd Allah ibn Nasr ibn `Abd al-Razzaq ibn al-Cheick `Abd al-Qadir al-Jili (c’est-à-dire al-Gilani) al-Hanbali al-faqih al-Soufi (d.708).[94]
· Abou al-Majd `Abd al-Rahman ibn al-Mouhaddith Abi `Abd Allah al-Isfarayini al-Dimachqi al-Chafi`i (d.701). «Il était le cheick de la khaniqa chihabiyya.»[95]
· Zayn al-Din `Abd al-Rahman ibn mouhammad al-Zahid, Khatib Yalda (712). «Il était perspicace, saint, honorable, et restait en retraite pour éviter les gens.»[96]
· Abou al-Qassim `Abd al-Samad ibn Qadi al-Qoudat `Abd al-Karim al-Harastani al-Dimachqi al-Chafi`i (d.694). «Il apprit le fiqh et fréquenta les écoles, puis il devint un ascétique… Les gens le vénéraient et des miracles sont rapportés à son sujet. J’ai appris que mon cheick Zayn al-Din al-Fariqi mentionna qu’Ibn al-Harastani lui parla de la chute des Tartares avant qu’elle eût lieu en 680.»[97]
· `Izz al-Din `Abd al-`Izz ibn `Oumar al-Hamawi al-Ghassani al-Soufi (d.720).[98]
· Abou Mouhammad `Abd al-Ghaffar ibn Mouhammad al-Maqdissi al-Soufi (d.circa 700).[99]
· Abou Nasr `Abd al-Latif ibn Nasr al-Cheicki al-Soufi al-Halabi (d.697). «Il était cheick al-chouyouk à Aleppo.»[100]
· Najm al-Din `Abd al-Malik ibn `Abd al-Qahir Ibn `Abd al-Ghani Ibn Taymiyya al-Harrani al-Chahid al-Soufi
Ibn Arabi et Novalis
Salamu' aleykoum chers(es) et soeurs en Islam ,
Peut-être connaissez-vous Ibn Arabi, le grand mystique auteur des "Kitab al Isra" et de "Turjuman al-Awshaq" (L'Interprete des désirs)...
Peut-être aussi, avez-vous entendu parler de Novalis, admirable poète, un penseur dont l'oeuvre inachevée, interrompue par la mort à 29 ans, reste l'une des plus singulières de la littérature allemande. Il appartient aussi à ce petit nombre d'élus pour qui « c'est vers l'intérieur que va le chemin mystérieux ! »
Je vous propose donc ici un texte sur rapprochement entre l'oeuvre de Novalis et celle d'Ibn Arabi, et enfin sur Les Fidèles D'Amour entre l'Orient et l'Occident, à travers les âges et en tous lieux...
N'hésitez pâs à enrichir ce blog insha 'Allâh ! )
(PS/ Ils ne sont pas de moi ;)...
Bonne lecture, qu'Allah vous préserve, amine !
« En toute chose l’Un, et dans l’Un toute chose / Voir l’image de Dieu sur une herbe, un caillou....>>
« O toi qui cherches le chemin qui conduit au secret / Reviens sur tes pas : car c’est en toi que se trouve le secret tout entier ! ».
Ainsi ,s’exprime Ibn ‘Arabî, dans son Kitâb « al-isrâ ».
On pense au fameux fragment philosophique de Novalis :
« Le monde imaginaire situe le monde futur tantôt dans les hauteurs, tantôt dans la profondeur, tantôt dans la métempsychose de nous-mêmes. Nous rêvons de voyages à travers l’univers, mais l’univers n’est-il pas en nous ? Les profondeurs de notre esprit, nous ne les connaissons pas.
C’est intérieurement que va le chemin mystérieux !
En nous, ou nulle part, sont l’éternité et ses mondes, l’avenir et le passé. Le monde extérieur est l’univers des ombres, qui projette ses ombres dans le royaume de la lumière. Si tout ce qui nous est intérieur nous apparaît aujourd’hui tellement obscur, solitaire et informe, combien en sera-t-il autrement quand cet obscurcissement sera derrière nous, et rejeté ce corps d’ombre ! Nous serons satisfaits de jouissance comme jamais, car notre esprit a souffert privation ».
Par ailleurs, Ibn ‘Arabî écrit dans «Turjumân al-Ashwâq »(L’interprète des désirs), à propos de sa bien-aimée, Nezâm :
« Ici réside une allusion à la Sagesse sublime, divine, essentielle, la plus sainte, présente à celui qui parle ainsi, par une douceur qui engendre contentement, réjouissance, émotion et joie, chez celui dont elle s’occupe ».
Le commentaire d'Henry Corbin :
«Nous sommes témoins de la transfiguration d’un être que l’Imagination perçoit directement à la hauteur d’un symbole, en l’adossant à une lumière théophanique, c’est-à-dire à une lumière qui en révèle la dimension en au-delà » évoque cette fois le troisième Hymne à la Nuit de Novalis dans lequel le poète romantique allemand transcrit sa vision du 13 mai 1797, sur la tombe de sa fiancée, Sophie von Kühn : « Le tertre n’était plus qu’un nuage de poussière que transperçait mon regard pour contempler la radieuse transfiguration de la Bien-Aimée. L’éternité reposait en ses yeux – j’étreignais ses mains, et ce fut un étincelant, un indéfectible lien que nous firent les larmes ».
Les Fidèles d'amour
Les Fidèles d’amour s’avancent donc sur « le chemin mystérieux », jusqu'au seuil de leur nouvelle vie (la Vita nova de Dante), de leur paradis terrestre, de ce Monde de l’Ame où il leur est donné de contempler Sophia, sous les apparences du visage transfiguré de leur bien-aimée.
Or, ce visage est non seulement celui de l’Ange, de leur Moi céleste ainsi que le visage de beauté de la jeune fille qui s’avance au-devant d’eux, et qui est à la ressemblance de leur âme, ce Visage est aussi celui de Dieu, de ce Maître intérieur par qui Dieu se révèle à eux, qu’il soit le Christ ou l’Imâm.
Pourquoi l’Imâm ?
Henry Corbin faisait remarquer que pour tous les « chevaliers théosophes et mystiques », il existait une seule devise :
« Celui qui se connaît lui-même connaît son Seigneur » et que cette devise comportait aussi une « variante typique » : « Celui qui connaît son Imâm, connaît son Seigneur ». Et il ajoutait : « Dès lors, l’Imâm prend la place du Soi. L’Imâm devient la figure, le symbole par excellence du Soi, non pas d’un Soi abstrait, personnel ou collectif, mais du Moi céleste, Moi à la seconde personne ».
Depuis ce Monde de l’Ame, le Fidèle d’amour s’élève, ensuite, d’orients en orients, franchissant les sept degrés initiatiques, jusqu’au terme de son ascension : « Ton amour me conduira au saint des saints de l’âme », dit Henri d’Ofterdingen à Mathilde, dans Henri d’Ofterdingen.
Alors, lorsque le Fidèle d’amour a atteint « la vie parfaite », autrement dit « le centre divin qui est au-delà de toutes les sphères », selon le mot de Dante, l’Orient de l’âme, qui est la Terre supracéleste, assurément il a quitté le monde des théophanies formelles, et c’est pourquoi, si une ultime et rare expérience l’attend encore, qui est celle du « Saint, l’Inconnu », selon Novalis, - le Ungrund - ou de « l’Essence dans sa nudité radicale », c’est bien, comme le dit Ibn ‘Arabî, dans La parure des Abdal (Hilyatu al Abdal) que :
« la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »
Qu'Allâh(swt) nous donne le savoir et le discernement !
Le Mehdi Al Mountadhar est un déscendant du Prophète Muhammad(saw) qui viendra à la fin des temps, voici quelques hadiths qui nous le confirment:
- Oummou Salama ( qu'Allah l'agrée), rapporte : « J'ai entendu le Messager d'Allah, que le salut et la prière soient sur lui, dire : «Le Mahdi est un des miens, un descendant de Fatima.» Hadith rapporté par Ibn Majah, Al-Hakam et Abu Daoud.
- Sayyidina Ali, (qu'Allah l'agrée), rapporte : « Le Messager d'Allâh (que le salut et la prière soient sur lui), a dit: «Le Mahdi est un des nôtres, nous gens de la demeure, Allah le transformera en une nuit.»
- Abu Saïd El-Khoudri, qu'Allah l'agrée, rapporte : le Messager d'Allâh (que le salut et la prière soient sur lui), a dit : «Le Mahdi apparaîtra dans ma nation à la fin, Allah le gratifiera de pluie, la terre donnera de bonnes récoltes, l'argent sera équitablement partagé et le bétail proliférera, la nation s'amplifiera, il vivra sept ou huit ans.» Hadith cité par Al-Hakim.
- Ibn Mass’oud ( qu'Allah l'agrée), rapporte du Prophète( que le salut et la prière soient sur lui), ce Hadith: «S'il ne restait à ce monde qu'un jour d'existence, Allah le prolongerait pour envoyer un homme de ma famille qui portera mon nom, son père portera le nom de mon père.» On rajoute dans un Hadith : « Il remplira la terre de justice et d'équité, après qu'elle ait été emplie d'iniquité et de tyrannie.» Hadith cité par Abu Daoud.
- ‘Ali (qu'Allah l'agrée), rapporte du Prophète que le salut et la prière soient sur lui, ce Hadith : «S'il ne restait au monde qu'un jour, Allah enverrait un homme de ma famille qui l'emplira de justice après qu'elle ait été emplie d'injustice». Hadith cité par Abu Daoud et Ahmed
- Saïd Al-Khoudari dit: « Le Messager d'Allah, que le salut et la prière soient sur lui, a dit : « Le Mahdi est de ma famille; il a le front large, le nez aquilin; il emplira la terre d'équité et de justice, après qu'elle ait été emplie d'injustice et de tyrannie, il régnera sept ans.» rapporté par Abu Daoud
- Abu Saïd Al-Khoudri rapporte du Messager d'Allah, que le salut et la prière soient sur lui, dit : «Je vous annonce l'arrivée de Mahdi, il sera envoyé alors que des divergences opposeront les hommes et les tremblements de terre se multiplieront, il emplira la terre de justice et d'équité après qu'elle ait été emplie d'injustice et de tyrannie, l'habitant du ciel comme l'habitant de la terre en sera satisfait, il partagera l'argent comme il se doit ».
Un homme lui demanda : «Que veut dire :"comme il se doit ? »
Il dit : « Equitablement entre les gens, Allah emplira les coeurs des gens de la nation de Muhammad, que le salut et la prière soient sur lui, de richesses, cet homme les traitera avec équité, à un point tel que l'on criera parmi les gens : «Qui a besoin d'argent?» Personne ne réclamera rien sauf un homme qui dira : « Moi! » Il lui dira : "Va voir le trésorier et dis lui : « Al-Mahdi, t'ordonne de me donner de l'argent. » Il lui dira : « Donne ! » Puis lorsqu'il aura saisi l'argent, il regrettera son geste. Et il dira : « Je suis le plus cupide des hommes de la nation de Muhammad ( que le salut et la prière soient sur lui.) » Il rendra l'argent et refusera de le prendre, cependant on lui dira : "On ne reprend pas quelque chose que l'on a donné."
Cela durera sept, huit ou neuf ans, puis la vie ne vaudra pas la peine d'être vécue !" ou "Après quoi, la vie n'aura rien de bon."
Al-Baroudi a cité ce Hadith, dans "Al-Maa'rifa". Abu Na'im dans les quarantes Hadiths "Al-Arba'oun" dans lesquels il cite Al-Mahdi. Ahmad le cite avec Isnad hassan (chaîne de transmission valide), ainsi qu'Abou Ya'la et Al-Hafidh Al-Haythami.
- ‘Aïcha, qu'Allah soit satisfait d'elle, rapporte: « Le Messager d'Allah s'est agité un jour pendant son sommeil. Nous lui dîmes alors : « Messager d'Allah, tu as fait une chose pendant ton rêve, que tu ne faisais pas auparavant? » Il répondit : "C'est drôle, il y a des gens de ma nation qui iront à La Mecque pour un homme qui s'y réfugiera et dans le désert, ils seront engloutis." On lui dit alors : « Ô Messager d'Allah(saw), sur la route il y aura plusieurs gens. » Il dit: "Oui, il y a le contraint et le voyageur mais ils périront tous en même temps ? Cependant Allah les fera ressusciter, chacun selon ses intentions. » Hadith rapporté par Al-Boukhari et Mouslim.
- Jabir Ibn ‘Abd-Allah (qu'Allah l'agrée), rapporte : « Le Messager d'Allah( que la prière et le salut soient sur lui), a dit : "Bientôt les gens des routes ne recevront plus la moindre mesure ni le moindre Dirham." Nous demandâmes : « D'où cela? » Il répondit : « Des non-Arabes l'empêcheront, puis il rajouta, bientôt les habitants du Shâm (Grande Syrie) ne recevront plus ni dinars ni aide. » Nous demandâmes : « D'où cela? » Il répondît : « De la part des Rûm. » Puis il se tut un moment et reprit : « Dans ma nation, vers la fin apparaîtra un Khalife qui répandra l'argent que l'on ne pourra plus compter. »
Abû Al-Jarir dit: « Je demandais à Abu Nadra et Abu Al-A 'lA : « Serait-ce Omar Ibn Abd Abdelaziz? » Ils me dirent : « Non. » Hadith rapporté par Mouslim
- Jabir rapporte d'Abû Saïd (qu'Allah les agrée): « Le Messager d'Allah, que la prière et le salut soient sur lui, dit : "Un Khalife apparaîtra à la fin des temps, il partagera des richesses innombrables." Hadith rapporté par Mouslim.
wa salam
« La nuit où les loups sont nés,
À l'approche de l'aube, les lions rugissaient.
Nous sommes alors arrivés,
Du fond des âges, dans ce monde hostile.
Depuis, nous ne plaisons à personne,
Mais nous avons conservé notre dignité.
Des siècles durant, nous nous sommes assurés
Par la lutte, la liberté ou la mort.
Et même si les montagnes de pierre
Brûlent dans le feu des batailles
Aucune horde au monde
Ne nous mettra à genoux. » ![]()

«LE TRONE ET LE PIEDESTAL » SELON IBN 'ARABÎ.
Le Trône et le Piédestal, le coeur et la poitrine :
Il (Allâh(swt) ) fit dans la sphère du ciel un Trône et un Piédestal. Il existencia le premier comme moyen d'orientation pour le coeur de Ses serviteurs et comme endroit vers lequel leurs mains s'élèvent sans pourtant qu'il ne soit le lieu de l'Essence divine, ni le symbole adéquat de Ses Qualités car l'Assise du Tout-Miséricordieux (exalté soit-Il !) est un nom qui Le décrit et Le qualifie. Or, description et qualification sont liées à Son Essence alors que le Trône est l'une des déterminations qu'Il a créées et qui ne peut ni l'atteindre, ni Le toucher (car) Il n'est pas supporté par lui est n'en a nullement besoin.
Le Piédestal, lui, est l'endroit qui retient des secrets d'Allâh(swt) et Le voile cachant intimement Ses lumières.C'est le lieu où se trouve déposé tout se qui entre dans cette sphère: «Son Piédestal englobe les cieux et la terre »(Coran II, 256).
Il fit aussi la poitrine (çadr) à l'image du Piédestal car c'est en elle que les sciences qui y pénètrent s'actualisent à la manière de l'esplanade dans laquelle est placée la porte du coeur et de l'âme vers lesquels convergent deux portes partant de la poitrine. Rien de bon ne sort du coeur ou de mal de l'âme sans qu'il ne s'élabore dans la poitrine à partir de laquelle il parvient aux facultés d'actions. Tel est le sens de cette parole d'Allâh (exalté soit-il) : « et ce qui est dans les poitrines se réalisera »(Coran C, 10).
Allâh (swt) établit le coeur comme le Trône car on reconnait (l'existence de) Son Trône dans le ciel mais celle de Son Trône sur terre est occultée (maskûn) du fait que le Trône des coeurs est plus excellent que le Trône du ciel puisque celui-ci n'englobe pas Allâh(swt) ni ne Le supporte, ni ne L'atteint. C'est bien vers le Trône du coeur qu'Allâh(swt) regarde à tout moment, à lui qu'Il se manifeste et vers lui qu'Il fait descendre du ciel Sa libéralité car n'a-t-Il(swt) pas dit dans un hadîth qudsî: « Ni Mes cieux, ni Ma terre ne Me contiennent mais le coeur de Mon serviteur fidèle Me comprend ! »
(Extrait de "l'Arbre du Monde" )(p.71-72) de Ibn 'Arabî, (éditions Les Deux Océans).
QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS?
Comme nous l’avons dit dans les paragraphes antérieurs, le terme tassawwouf est un terme technique qui a pris ses origines à travers les sens variés que nous avons cités dans la première et seconde réponse. Il a ses racines profondes dans la Sunna du Prophète, dans la mesure où son origine est l’ihsan, l’état d’Excellence qui est mentionné dans le hadith de Jibril, hadith qui est connu par tous les savants comme «la source de la Sunna et de tous les hadiths» (oumm al-Sunna wa oumm al-ahadith).
Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril
Oumar – qu’Allah lui accorde Sa satisfaction – dit aussi: «Pendant que nous étions assis un jour avec le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – soudain un homme vint à nous. Il était habillé d’un vêtement excessivement blanc. Ses cheveux étaient très noir. Il n’y avait pas de signe de voyage sur cette personne. Aucun d’entre nous ne le connaissait. Il alla s’asseoir en face du Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – appuyant ses genoux contre les genoux du Prophète et ses mains sur ses jambes.
Il dit: «O Muhammad! Informe-moi au sujet de l’Islam.» Le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «L’Islam est le témoignage qu’il y n’a de Dieu qu’Allah, et que Muhammad est le Messager d’Allah; de faire la prière; de payer la zakat; de jeûner pendant le mois du Ramadan; et d’effectuer le pèlerinage à la (maison d’Allah) si tu as les moyens de t’y rendre.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité.» Nous étions surpris de lui: comment peut-il être en train de poser des questions au Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – et en même temps confirmer ses réponses? Ensuite il dit: «Parle-moi au sujet de la Foi.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «La Foi est de croire en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, au Jour du Jugement, et de croire en la prédestination, le bon et le mal.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité. Maintenant, parle-moi au sujet de l’Ihsan (l'excellence).» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – répondit: «L’Ihsan est d’adorer Allah comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, certainement Il te voit.»
L’homme dit: «Maintenant informe-moi au sujet de l’Heure.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «Celui qui est questionné n’en sait pas plus que celui qui questionne.» Il dit: «Ainsi parle-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «La fille-esclave donnera naissance à ses maîtresses, et tu verras les va-nu-pieds, pauvres bergers construire de grands buildings.» Alors il s’en alla et le temps s’écoula. Longtemps après il me dit: «O `Oumar, sais-tu qui posait ces questions?» Je dis: «Allah et Son Messager savent mieux.» Il dit: «Il n’était rien d’autre que Gabriel. Il était venu vous enseigner votre religion.» Rapporté par Mouslim.
Dans ce hadith, Jibril a divisé la Religion en trois catégories ou branches, à partir desquelles toute la religion, tous les hadiths et toute la Sunna dérivent. Et, il précisa chaque branche en posant chaque question séparément. La première branche était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Islam?», la seconde était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Iman?», et la troisième était au sujet «Qu’est-ce l’Ihsan?» Nous ne pouvons pas dire que la Religion est seulement l’Islam, ou seulement l’Iman ou seulement l’Ihsan. Nous disons que chaque branche est essentielle à la Religion, et ne peut pas être séparée. Le Prophète, dans ses réponses à ces questions confirma ceci et dit à ses Compagnons après que Jibril soit parti, «Jibril était venu vous enseigner votre religion.»
Nous voyons à partir de ce hadith de Jibril qu’il catégorisa la religion en trois piliers ou composantes essentielles. Le premier est le pilier de l’Islam. Le deuxième est le pilier de l’Iman et le troisième est le pilier d’Ihsan. Le premier pilier est le côté pratique de la religion, comprenant l’adoration, les actions et autres obligations. L’état de ce pilier est le côté externe du soi, qui a attrait au corps et à la communauté. Les savants appellent celui-ci la Chari`a. Les savants sont spécialisés en cette science et elle fut nommée «Science de la Jurisprudence» (`ilm al-fiqh). Le second pilier consiste en la croyance à travers l’esprit et le cœur. Cela signifie croire en Allah, en Ses Messagers, Ses Livres, les Anges, le Jour du Jugement, et le Destin. Et ceci fut connu par les savants comme `ilm al-tawhid. Le troisième pilier est le principal sujet du tassawwouf.
La troisième composante de la Religion De L’Islam:
Ihsan (La Perfection Du Caractère)
Le troisième aspect de la Religion est connu comme l’aspect spirituel du cœur, qui combine avec le premier pilier, l’adoration, et le deuxième pilier, la croyance, amène l’individu à être conscient d’être en présence d’Allah dans toutes ses actions et pensées comme s’il Le voyait. Et s’il ne peut Le voir – parce que personne ne peut Le voir dans cette vie -- alors, il doit garder la permanence de la présence d’Allah dans son cœur, sachant qu’Il est présent dans chaque atome et chaque particule de son adoration et de sa croyance – voilà, les états et qualités de son adoration et sa croyance. En conséquence, cela produira en lui un état d’excellence, un état de haute qualité, en ayant à l’esprit la présence de la vision d’Allah sur lui et en ressentant le plaisir spirituel et la lumière de la connaissance qu’Allah dirigera à son cœur en guise de Sa faveur et de Sa gratitude. Voilà ce que les savants ont nommé la Science de la Vérité ou `ilm al-haqiqa, connue dans le temps des Compagnons comme al-siddiqiyya ou la voie des saints véridiques. C’est plus tard qu’il fut connu sous le nom de tassawwouf.
Nous pouvons résumer les définitions précédentes en disant que l’islam prescrit les comportements du Musulman, l’iman décrit ses croyances et les définit, et l’ihsan se réfère à l’état du coeur qui détermine si l’Islam et l’Ihsan de l’un portera fruit dans cette vie ou dans celle de l’au-delà. L’évidence de ceci est rapporté dans Boukhari dans le hadith mentionné dans les paragraphes précédents: «Sûrement il y a un morceau de chair dans le corps, s’il est bon tout le corps est bon et s’il est corrompu tout le corps est corrompu et c’est le cœur.»
«Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF?
CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES.»
Allah(swt) décrit «Tazkiyat Al-Nafs » comme un devoir du Prophète(saw)
Comme mentionné précédemment, l’évidence du «tassawwouf » à partir du Coran est la même que l’évidence pour «tazkiyat al-nafs » ou la purification du soi, qui a été établie dans les paragraphes antérieurs comme la définition du tassawwouf.
Allah(swt) dit: «C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et le Sagesse, car ils étaient auparavant dans un égarement évident» (Ste62/V:2).
Le terme utilisé ici est wa youzakkihim (les purifie). Les différents sens des différentes racines du mot tazkiya en arabe sont:
zaka: «il nettoya» ou «il fut propre»
youzakki «netttoyer» et «être purifier»
tazkiya «purification»
zakat «la taxe Islamique pour le nécessiteux,» «charité» «pureté»
azka «la plus pure»
zaki «pur, innocent»
Allah(swt) dit dans un autre verset: «Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immortalité, de même que sa piété! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt.» (Ste91/V:7-10)
Ce verset du Coran fait état de la nécessité de purifier et de maintenir propre la nafs en vue de réussir dans cette vie et dans l’au-delà: et ceci est précisément le but du tassawwouf. Les versets suivants sont rélatés pour une telle auto-purification.
D’autres versets et commentaires sur Tazkiyat Al-Nafs
Des versets se référant à la purification et à la purification du soi dans le Coran ont été déjà mentionnés. Allah(swt) dit:
· «Notre Seigneur! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier.» (Ste2/V:129)
· «Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie…» (2:151)
· «Réussit, certes, celui qui se purifie, et se rappele le nom de son Seigneur, puis prie.» (87:14-15)
· «Et quiconque se purifie, ne se purifie que pour lui-même, et vers Allah est la Destination.» (35:18)
Dans tous ces versets Allah (Tout-Puissant )fait état des mutassawif, ou ceux qui sont préoccupés à se purifier. Ils se souviennent de leur Seigneur en tout lieu et en tout moment en invocant Ses Noms et Attributs, et ils sont attentifs dans leurs prières. Ceci est l’essence du tassawwouf, et aussi l’essence de l’Islam. Nous rappelons encore au lecteur que ceci n’est qu’un terme technique, qui peut être remplacé par tout autre synonyme. Pour quiconque prétend suivre ou pratiquer l’Islam, alors ce combat pour la purification du moi est obligatoire, comme il est clairement ordonné dans ces versets. En vérité, il est sans importance de prétendre qu’il puisse avoir une soumission totale à Allah sans se purifier soi-même et voici pourquoi certains savants, parmi lesquels l’Imam Ghazali et l’Iman Souyouti, ont considéré le tassawouf comme une obligation religieuse (wajib).[21] Que l’on réussisse ou non dans cette poursuite dépend d’Allah(swt), mais quoiqu’il en soit sa nécessité incombe à tous les Musulmans, hommes et femmes.
Allah(swt)ordonne aux Croyants de chercher un Moyen de s’approcher de Lui et d’accompagner les Sadiqin. Il promet de guider Les Mouhsinin
Allah (swt)ordonne: «O vous qui croyez! Craignez Allah, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!» (Ste5/V:35).
Ce verset ordonne de se battre dans la voie d’Allah(swt) – et non dans celle de l’égo et vers ses désirs – si l’on souhaite être victorieux. Et il indique la nécessité de suivre les pas du Prophète(saw) comme un moyen pour s’approcher d’Allah Tout-Puissant, et le prendre ainsi que ceux qui le connaissent comme guides.
Allah (swt)dit aussi: «O vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.» (Ste9/V:119).
Le verset montre une évidence de la nécessité de tenir compagnie et de s’associer avec les meilleurs serviteurs d’Allah(swt). Les Sadiqin sont ceux qui ont atteint les plus hauts niveaux de la foi selon le verset déjà mentionné: «Il est parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux sont morts, et d’autres attendent encore; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement)». (Ste33/V:23).
Ceci signifie qu’en tout temps il y a des gens qui tiennent solidement à leur engagement envers Allah5SWT°. Ceux-là sont les amis d’Allah mentionnés dans d’autres versets, parmi lesquels: «En vérité, les bien-aimés d’Allah(swt) seront à l’abri de toute crainte, et ils ne sont point affligés» (Ste/V10:62).
L’un de ces Amis d’Allah(swt) est al-Khidr. On ordonna au prophète Moise de l’accompagner afin d’apprendre une partie de sa sagesse.
Allah(swt) dit: «Quant à ceux qui luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants» (29:62).
La plupart des savants de l’Islam pratiquèrent tazkiyat al-nafs et essayèrent d’atteindre l’état d’ihsan illustré par le haut calibre des saints auquel le verset ci-dessus fait allusion. Ils sont les pieux exemples de ceux qui répendirent l’Islam en Asie Centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Bosnie, en Indonésie, en Malaisie, en Chine, en Indochine, en Espagne, et en Afrique. Tous ces savants pratiquèrent le tassawwouf et utilisèrent ses métodes pour propager l’Islam dans ces pays, à travers leurs états de zouhd, wara', taqwa et tazkiya, ce qui les rendit comme des aimants pour les masses des gens qui se virent attirés à l’Islam par leur canal.
Allah (swt)décrit quelqu’un qui a directement appris de Lui: Al-Khidr
Allah(swt) décrit éloquemment la rencontre de Sayiddina Moussa avec Sayiddina Khidr dans les versets suivants: « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui dit: «Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction?» L’autre dit: Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi.» (Ste18/V:65-67).
De ces versets, nous voyons que quoique Sayiddina Moussa fut un prophète et de surcroit le seul prophète à parler directement à Allah (kalimoullah), Sayiddina Khidr possédait une connaissance que Moise n’avait pas, et qu’il cherchait à obtenir de lui. Khidr recevait son savoir directement de la Présence d’Allah (`ilm ladounni) car il était , comme nous l’avons dit, l’un des Amis d’Allah.
Allah(swt) dit aussi: «Et suis le chemin de celui qui se tourne vers Moi» (31:15). Youssouf `Ali commente convenablement ce verset en ces termes: «Ceci est le chemin de ceux qui aiment Allah.»
Ceci est en effet un état d’amour qui est lié au coeur, non à l’esprit. A partir de l’ordre de tenir compagnie avec les Véridiques, à partir des versets de la rencontre de Moise avec al-Khidr, et à partir de l’ordre de suivre la voie des vrais Amoureux d’Allah(swt), nous dérivons trois des nombreuses preuves de l’obligation de suivre un guide ou «maître d’éducation» (cheick al-tarbiya) dans la terminologie technique du tassawwouf.
La supériorité de l’Amour dans l’Adoration :
Dans son livre intitulé Rawdat al-mouhibbin wa nouzhat la-moushtaqin (Le jardin des amoureux et la promenade des aspirants), Ibn Qayyim al-Jawziyya assembla quelques dires des grands Soufis sur l’amour et sa priorité dans l’adoration [22]:
· Jounayd dit, «j’entendis al-harith al-Mouhassabi dire, l’amour est quand tu t’inclines complètement envers quelque chose, ensuite la préférence de cette chose sur soi-même et sur ton esprit et tes possessions, ensuite la conformité avec cette chose intérieurement et extérieurement, et la réalisation de ta faiblesse dans ton amour pour Lui.»
· Abdoullah ibn al-Moubarak dit: «Quiconque auquel est donné une portion d’amour et auquel il n’est pas donné une équivalence de piété, a été lésé.»
· Yahya bin al-Mouadh al-Razi dit: «Un amour du poids d’un atome est préférable pour moi que d’adorer plus de soixante-dix années sans amour.»
· Abou Bakrah al-Qattani dit: «Il y avait une discussion au sujet de l’amour (de Dieu) à la Mecque au cours du pèlerinage et les cheicks en parlèrent. Jounayd était le moins âgé d’entre eux et ils dirent: Dis ce que tu possèdes O Iraqi. Il baissa sa tête par déférence et ses yeux se remplirent de larmes ensuite il dit: Un esclave se laissant lui-même, connecté avec le souvenir de son Seigneur, debout avec l’accomplissement de ses obligations, Le regardant avec son cœur, lequel cœur est consumé par la lumière de son Essence, sa soif est satisfaite du verre de Son amour, et s’il parle c’est par Allah, et s’il met en garde c’est d’Allah, et s’il se déplace c’est sur l’ordre d’Allah, et s’il est silencieux c’est qu’il est avec Lui, et il est par Allah, il est pour Allah, il est avec Allah (fa houwa billahi wa lillahi wa’allahi). Les cheicks s’esclamèrent et dirent: Il n’y a rien au-dessus de ceci, qu’Allah te renforce, couronne des Connaisseurs!»
Ces mots de Jounayd sont liés à l’un des textes fondamentaux montrant l’évidence du miracle ou karamat des saints, le hadith qoudsi (dire inspiré) rapporté dans Boukhari par Abu Hourayra, le Messager d’Allah a dit: «Allah dit»:
"Quiconque nuit à celui qui s’est consacré à Moi, Je lui déclarerai la guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui M’est agréable que l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime, et quand Je l’aime, Je deviens l’oreille par laquelle il entend, les yeux par lesquels il voit, la main par laquelle il empoigne, son pied par lequel il marche. S’il Me sollicite quelque chose, certes, Je la lui accorderai, et s’il sollicite Ma protection, certes, Je la lui accorderai …"
· L’amour d’Allah fut mentionné par Dhoul-Noun et il dit: «Assez, ne discutez pas de cette question car le nafs l’entendra et il le réclamera.» Et il continua:
«En ce qui concerne le rebelle, la peur et le remord sont meilleurs! L’amour d’Allah est pour celui qui a déjà peur et est purifié de toute vulgarité.»
· Dhoul-Noun dit aussi: «Pour toute chose il y a une punition, et la punition pour le Connaisseur d’Allah est lorsqu’il est détaché du souvenir d’Allah (dhikroullah).»
· Jounayd fit allusion à cette différence de niveaux dans sa réponse lorsqu’il fut questionné: «Par dessus tout, il y a des gens qui disent que définitivement ils atteignent le niveau de la bonté en ne faisant aucune action.» Il dit: «Parlent-ils de la suppression des actes (obligatoires et autres)? Non, quiconque commet l’adultère et vole est mieux que celui qui tient un tel propos. Car sûrement les connaisseurs d’Allah (al `arifina billah) prennent les actions dictées par Allah et retournent à Lui avec ces actions, et si j’avais à vivre mille années je ne diminuerais jamais de faire de bonnes actions.»
· Jounayd dit aussi: «Le connaisseur d’Allah n’est pas considéré comme connaisseur jusqu’à ce qu’il ne devienne comme la terre; ça lui est égal qu’une bonne ou une mauvaise personne le piétine; ou comme la pluie, elle tombe sans discrimination sur ceux qu’elle aime ou ceux qu’elle n’aime pas.»
· Soummoun dit: «Les amoureux d’Allah ont obtenu l’honneur des deux mondes, celui-ci et celui de l’au-delà. Le Prophète a dit: «L’être humain est avec celui qu’il aime.» Ils sont avec Allah dans la dunya et dans l’au-delà.»
· Yahya ibn Mou’adh dit aussi: «Il n’est pas véridique celui qui prétend qu’il L’aime et trépasse Ses limites.»
· Et il dit: «Le connaisseur d’Allah abandonne cette vie mondaine et il n’a pas assez de deux choses: pleurer sur son propre moi, et son grand désir pour son Seigneur.»
· Et quelqu’un dit: «Le connaisseur d’Allah ne devient un connaisseur jusqu’à ce que lui soit offert les trésors de Soulayman, cela ne l’intéressera pas, même pas le temps d’un clignement de paupières.»
Des versets au Sujet du Caractère Parfait, Ihsan:
Après les versets qui s’adressent à l’auto-purification, citons maintenant des versets qui évoquent l’état d’ihsan ou l’excellence du caractère. Allah dit:
· «La Miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants.» (7:56)
· «Certes, Allah est avec ceux qui L’ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants.» (16:128)
· «Y a-t-il d’autre récompense pour l’Excellence que l’excellence ?» (55:60)
· «Et il récompense ceux qui font le bien par la meilleure récompense.» (53:31)
· «Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance (ihsan) et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.» (16:90)
· «Non, mais quiconque soumet à Allah son être entier tout en faisant du bien (dans l’état d’ihsan), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux nulle crainte, et ils ne serons point attristés.» (2:112)
· «Et quiconque soumet son être entier à Allah tout en étant bienfaisant (ihsan), s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient à Allah» (31:22)
· «Qui est meilleur en religion que celui qui soumet son être entier à Allah tout en oeuvrant bien dans la voie qu’Allah aime…» (4:125).
Les versets au sujet de l’état d’ihsan sont très nombreux, mais ce qui a été cité est suffisant. Le sens de ihsan, comme le Prophète l’a défini, c’est prier avec humilité et soumission (khoudou' et khouchou') comme si l’on voyait Allah et être conscient qu’Il nous voit. Dans son livre «Livre de Définitions» (Kitab al-ta’rifat), al-Jourjani (d. 816) dit:
al-ihsan: nom verbal dénotant ce que l’on doit faire dans la voie du bien. Dans la Chari`a cela signifie adorer Allah comme si tu Le vois, et si tu ne Le vois pas, Il te voit. C’est le degré de la vraie adoration dans la servitude prédit dans la vue de la divinité avec la lumière de la vision spirituelle (al-tahaqqouq bi al-`ouboudiyya `ala moushahadat hadrat al-rouboubiyya bi nour al-basira). Ceci est: la vue d’Allah comme Il est décrit par Ses attributs et à travers Son réel atttribut, afin que l’on puisse Le voir avec certitude, non littéralement (fa houwa yaqinan wa la yarahou haqiqatan). C’est la raison pour laquelle le Prophète dit: «Comme si tu Le voyais.» Car on Le voit derrière le voile de Ses attributs.[23]
Le mot ihsan et ses dérivés ont les sens suivants dans le dictionnaire:
hassouna: “devenir, sembler, rendre excellent, beau”
ihsanan: “faire excellemment”
ahsana: “il fit une bonne action”
ihsan: “gentillesse”
housna: “récompense”
hassan: “excellent, beau”
hissanoun: “beaux”
«Devenir beau» dans le premier sens de ces définitions signifie se décorer avec de bons attributs, embellir intérieurement et extérieurement. Utiliser comme adjectif, il signifie gentillesse comme une caractéristique ou une attitude interne aussi bien que tranquilité.
Il apparait évident que l’état d’ihsan cité dans le Saint Coran est un état très important, état que l’ange Jibril dé- montra comme partie intrinsèque de la religion, et qu’il plaça au même niveau que les états de l’Islam et de la foi. La religion consiste en trois états , l’Islam, l’Iman et l’Ihsan, chacun avec sa définition. Ceci est la raison pour laquelle il est mentionné en plusieurs lieux dans le Saint Coran et la raison pour laquelle lorsque le Prophète(saw) fut questionné à ce sujet par Jibril, il lui donna la même importance que l’Islam et l’Iman.
Ceci est le sens de la science entière du tassawwouf. A ceux qui s’y opposent nous disons: Vous pouvez changer ce terme si vous ne l’aimez pas, mais nous l’aimons ainsi parce que c’est un terme bien connu, bien utilisé. Les termes ne changent pas la nature ou la réalité fondamentale d’une chose. Comme l’adage le dit, «une rose quelque soit le nom qu’on lui donnera aura toujours une bonne odeur.»
Qu'Allâh azza wa jal nous donne le savoir et le discernement pour l'Amour
de Cheikh Ahmad Tijânî, le Cheikh Assidikil Akbar (raa) ! le sceau des sceaux !
Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani
L’éminence parmi les grands saints, surnommé al-Ghawth al-a'zam ou l’Aide par excellence, était aussi un éminent juriste de l’école Hanbali.
Son affiliation à l’école Chafi'I et à Abou Hanifa ont été mentionnée. Il fut le disciple d’éminents saints en autre ; Abou al-Khayr Hammad ibn Mouslim al-Dabbas (d.525) et Khwaja Abou Youssouf al-Hamadani (d.535), second dans la lignée après Abou al-Hassan al-Kharqani (le cheick d’al-Harawi al-Ansari) dans la première chaîne d’autorité Naqshbandi.
Les plus fameux travaux de Cheick 'Abd al-Qadir(raa) sont:
· al-Qhounya li talibi tariq al-haqq (La suffisante provision pour les chercheurs sur la voie de la vérité); c’est l’une des présentations les plus précises du madhhab de l’Imam Ahmad ibn Hanbal ait jamais écrit, y comprit l’enseignement solide d’Ahl al-Sounna sur l`aqida et le tassawwouf;
· al-Fath al-rabbani (L’ouverture du Seigneur), une collection de sermons pour les élèves et enseignants de la voie Soufie et tous ceux attirés par la perfection; comme son titre l’indique, ce livre apporte à ses lecteurs un immense profit et une élévation spirituelle;
· Foutouh al-ghayb (Les ouvertures de l’invisible), une autre collection de sermons plus avancés que le précédent et tout aussi précieux. Les deux ont été traduits en anglais;[169]
Du fait de sa position dans l’école Hanbali, `Abd al-Qadir était très respecté par Ibn Taymiyya, qui lui donna aussi le titre de « mon Cheick » (cheickhouna) dans son fatawa, pendant qu’il réservait le titre « mon Imam » (imamouna) à Ahmad ibn Hanbal. Il citait fréquemment Gilani et son cheick al-Dabbas comme étant parmi les meilleurs Soufis des derniers temps.
Les karamat ou miracles d’`Abd al-Qadir sont trop nombreux pour être énumérés. L’un d’eux consiste au don de guider qui était manifeste dans son parlé et à travers lequel plusieurs milliers entrèrent dans Islam ou se repentirent. Al-Chattanawfi dans Bahjat al-asrar mentionne plusieurs de ses miracles, donnant à chaque fois une chaîne de transmission. Ibn Taymiyya prit ces rapports pour satisfaire les critères d’authenticité, mais son élève al-Dhahabi, même s’il prétendait croire de manière générale aux miracles d’Abd al-Qadir, mécroit, malgré tout, à plusieurs d’entre eux. Nous avons déjà vu ce trait de caractère d’al-Dhahabi dans son doute au sujet du solide rapport et de l’admiration de l’Imam Ahmad pour al-Mouhassibi. Voici ses dires au sujet de Gilani dans Siyar a`lam al-noubala´:
[#893] al-cheick `Abd al-Qadir (Al-Jilani): Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, l’exemplaire, Cheick Al-Islam, le distingué parmi les Awliya… le Hanbali, le cheick de Bagdad… Je dis: «Il n’y en a aucun parmi les grands cheicks qui a plus d’états spirituels et de miracles (karamat) que Cheick `Abd al-Qadir, mais beaucoup de ces miracles ne sont pas vrais et certaines de ces choses sont impossibles».[170]
Voici le récit suivant de la première rencontre de Gilani avec al-Hamadani et rapporté par Haytami dans son Fatawa hadithiyya:
Abou Sa`id `Abd Allah ibn Abi `Asroun (d.585), l’Imam de l’école Chafi`i, dit: «Lorsque je commençai à chercher la connaissance religieuse, je restais en compagnie de mon ami Ibn al-Saqa qui était un élève de l’école Nizamiyya, et il était de notre habitude de rendre visite aux pieux. Nous avons appris qu’il y avait à Bagdad un homme du nom de Youssouf al-Hamadani qui était connu comme al-Ghawth, et qu’il était capable d’apparaître et de disparaître toutes les fois qu’il le voulait. Ainsi, donc je décidai de lui rendre visite avec Ibn al-Saqa et Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, qui était jeune en ce temps-là. Ibn al-Saqa dit :
«Lorsque nous visiterons Youssouf al-Hamadani, je lui poserai une question dont il ne connaîtra pas la réponse.»
Je dis: «Je vais lui poser aussi une question et je veux voir ce qu’il va dire.»
Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani dit: «O Allah, épargne-moi de questionner un saint comme Youssouf al-Hamadani, mais j’irai en sa présence pour solliciter sa baraka – bénédiction – et sa connaissance divine.»
Nous entrions dans son cercle d’étude. Il se rendit invisible et nous n’arrivions pas à le voir pendant un certain temps. Il regarda sévèrement Ibn al-Saqa et dit:
«O Ibn al-Saqa, comment oses-tu me poser une question alors que ton intention est de me confondre? Ta question est celle-ci et ta réponse est celle-là! »
Ensuite il dit: «Je vois le feu de la mécréance brûlé dans ton cœur.»
Il me regarda et dit, «O `Abd Allah, es-tu en train de me poser une question et attendre ma réponse? Ta question est celle-ci et ta réponse celle-là. Les gens sont mécontents de toi parce que leur attention est distraite par ton manque de respect à mon égard.»
Ensuite il regarda Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, le fit asseoir près de lui et l’honora. Il dit: «O `Abd al-Qadir, tu as satisfait Allah(swt) et Son Prophète(saw) par ton respect pour moi. Je te vois assis dans le futur à la plus haute place à Bagdad, prêchant, enseignant aux gens et leur disant que tes pieds sont sur le cou de chaque wali! Et, je vois, chaque wali de ton temps te donner la préséance à cause de ton rang et ton honneur.»
Ibn Abi `Asroun continue, «La renommée d’Abd al-Qadir devint très populaire et tout ce que Cheick al-Hamadani avait dit à son sujet arriva. Il fut un temps où il dit, «Mes pieds sont sur le cou de tous les awliya,» et il fut une référence et un flambeau en son temps, illuminant les gens jusqu’à leur destination.
Le sort d’Ibn al-Saqah fut autre chose. Il était brillant dans sa connaissance de la loi divine. Il devançait tous les savants de son temps. Il avait l’habitude de débattre avec les savants de son temps et les vaincre, jusqu’à ce que le caliphe l’admit dans son cercle. Un jour le calife l’envoya comme émissaire chez le Roi de Byzance, qui à son tour fit appel à tous ses prêtres et savants de la religion Chrétienne pour débattre avec lui. Ibn al-Saqa les vaincu tous. Ils furent incapables de donner des réponses en sa présence. Il leur donna des réponses qui les rendirent comme des enfants et de simples élèves en sa présence.
Sa brillance fascina tellement le Roi de Byzance qu’il l’invita à une rencontre privée avec la famille royale. A cette rencontre, il vit la fille du Roi. Il tomba immédiatement amoureux d’elle, et il demanda au Roi la permission de l’épouser. Elle refusa à moins qu’il accepta sa religion. Il accepta, abandonnant ainsi l’Islam et acceptant la religion Chrétienne de la princesse. Après son mariage, il tomba sérieusement malade. Ils le chassèrent du palais. Il devint un mendiant dans la ville, quémandant de la nourriture, mais personne ne lui en fournissait. L’obscurantisme s’abattit sur son visage.
Un jour, il vit quelqu’un qu’il connaissait. Cette personne rapporte: «je lui demandai, qu’est-ce qui t’es arrivé?» Il répondit: «Il y avait une tentation et j’y suis tombé.» L’homme lui demanda: «Te souviens-tu de quelque chose du Coran?» Il répondit: «Je me souviens seulement de roubbana yawaddu al-ladhina kafarou law kanou muslimin…«Encore ceux qui mécroient voudraient avoir été Musulmans» (15:2).
Il tremblait comme s’il allait rendre son dernier souffle. Je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il ne faisait que se tourner en direction de l’est. Encore, je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il tourna en direction de l’Est. Je le tournai pour une troisième fois en direction de la Ka`aba, mais il se retourna en direction de l’Est. Comme son âme alors le quittait, il dit: «O Allah; ceci est le résultat de mon manque de respect à Ton saint, Youssouf al-Hamadani.»
Ibn Abi `Asroun continue: «Je partis à Damas et le Roi là-bas, Nour al-Din al-Chahid, m’offrit le contrôle du département des affaires religieuses que j’acceptai. En conséquence, la dunya entra de tous les côtés: provisions, subsistance, l’honneur, l’argent, et une position pour le reste de ma vie. Ceci est ce que le ghawth Youssouf al-Hamadani avait prédit pour moi.»[171]
Ce maître de hadiths et historien de l’école Hanbali était un ennemi farouche des innovateurs de son temps.[172] Son Talbis Iblis (L’illusion de Satan) est souvent cité par les “Salafis” pour s’opposer au tassawwouf, mais en réalité il le rédigea seulement contre certains excès qu’il observa dans tous les groupes de la communauté, dont les savants de tous genres y compris les Soufis.
Talbis Iblis est peut-être le seul et le plus important facteur existant exprimant la notion d’hostilité d’Ibn al-Jawzi envers le tassawwouf. En réalité, cette œuvre ne fut pas écrite en guise d’hostilité contre le tassawwouf et les Soufis. C’est une critique de toutes les doctrines et pratiques, peu importe leurs sources, et opposées à tout ce qu’il considérait d’innovations injustifiées dans la Chari`a, où que ce soit dans la communauté Musulmane de son temps. Ce fut écrit contre des pratiques spécifiques innovées de plusieurs groupes, y compris les philosophes (al-moutafalsifa), les théologiens (al-moutakallimoun), les savants de hadiths (`oulama´ al-hadith), les juristes (al-fouqaha´), les prêcheurs (al-wou`az), les philologues (al-nahawiyyoun), les poètes (al-chou`ara´), et certains Soufis. Ce ne fut en aucun cas, une critique des sujets qu’ils étudièrent ou enseignèrent, mais une critique contre des introductions spécifiques d’innovations dans leurs disciplines et champs respectifs.
Ibn al-Jawzi rédigea plusieurs livres de “mérites” (manaqib) au sujet des premiers Soufis dont Manaqib Rabi`a al-`Adawiyya, Manaqib Bishr al-Hafi, et autres. Son Sifat al-safwa (Les manières des élites) un abrégé du Hilyat al-awliya´ (L’ornement des saints) d’Abou Nou`aym, et son Minhaj al-qassidin wa moufid al -sadiqin (La voie des voyageurs vers Allah et le dirigeant à la vérité) sont considérés comme des piliers dans le champ du tassawwouf. Il fut encouragé à écrire le dernier livre à cause du succès du Ihya´ `ouloum al-din de Ghazali, et en vérité le Minhaj adopte en majorité la méthodologie et le language du Ihya´ en addition au fait qu’il traite du même sujet, l’auto-purification et les éthiques personnelles.
Le Minhaj fut résumé en un volume par Najm al-Din Abou al-`Abbas Ahmad ibn Qoudama (d.742). Voici certains de ses titres de chapitres et extraits les plus illustratifs de l’influence de Ghazali sur Ibn al-Jawzi et l’adoption des terminologies Soufies de ce dernier:
· Fasl `ilm alwal al-qalb (Section sur les sciences des états du cœur)
· Fasl fi qaqa’iq al-adab al-batina wa al-ishara ila adab al-hajj (Section sur les éthiques des secrets du Pèlerinage)
· Kitab riyad al-nafs wa tahdhib al-khoulouq wa mou`alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo, l’éducation du caractère et le traitement des maladies du cœur)
· Fasl fi fa’idat shahawat al-nafs (La section sur le bénéfice de l’appétit de l’égo)
· Bayan al-riya´ al-ladhi houwa akhfa min dabib al-naml (L’exposition de l’ostentation cachée qui est plus sournois que le bruit des pas d’une fourmi)
· Fasl fi bayan ma youhbitou al-`amal min al-riya' wa ma la youhbit (La section de l’exhibition de l’ostentation qui annule les actions de l’un et l’ostentation qui n’en fait pas)
· Fasl fi dawa' al-riya' wa tariqatou mou`alajat al-qalbi fih (La section sur les remèdes de l’ostentation et la voie du traitement du cœur et de ses maux)
· Kitab al-mahabba wa al-chawqi wa al-ounsi wa la-rida (Le livre de l’amour, le désir passionné, la familiarité et le bon plaisir)
· Fasl fi bayan mi`na al-shawq ila allahi ta`ala (La section définissant le sens de l’amour passionné pour Allah)
· Bab fi al-mouhassaba wa al-mouraqaba (Chapitre sur l’auto-méditation et la vigilance)
- al-maqam al-awwal: al-moucharata (Le premier niveau: l’engagement)
- al-maqam al-thani: al-mouraqaba (Le deuxième niveau: la vigilance)
- al-maqam al-thalith: al-mouhassaba ba`da al-`amal (Le troisième niveau: l’auto-jugement après une action)
- al-maqam-al-rabi`: mou`aqabat al-nafs `ala taqsiriha (Le quatrième niveau: réprimander l’égo pour ses défauts)
- al-maqam al-khamis: al-moujahada (Le cinquième niveau: la lutte)
- al-maqam al-sadis: fi mou`atabat al-nafs wa tawbikhiha (Le sixième niveau: réprimander et critiquer sévèrement l’égo)
Abou Bakr al-Siddiq dit: «Quiconque hait son égo pour la cause d’Allah, Allah le protégera contre ce qu’Il hait.»
Anas dit: «`J’entendis `Oumar dire, un jour, qu’ il était seul derrière un mur: «Bakh, bakh! Bravo, bien fait, O mon égo! Par Allah, tu es mieux d’avoir peur d’Allah; O petit enfant de Khattab, autrement je te punirai!»
Al-Bakhtari ibn Haritha dit: «Je vis l’un des adorateurs assis devant un feu qu’il avait allumé et il punissait son égo; et il ne cessa de le punir jusqu’à ce qu’il mourru.»
L’un d’entre eux dit: «Lorsque les saints sont mentionnés, je me dis: Mépris à toi O mon nafs et mépris à toi encore O mon nafs.»
Sache que ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes deux flancs. Il a été créé comme un tyran ordonnant, et te poussant toujours vers le mal, on t’a ordonné de le dresser, le purifier (tazkiyat), le sevrer de ce dont il se nourrit, le trainer en chaîne, le soumettre à l’adoration de son Seigneur.[173]
«Un savant Chafi`i de génie et un Imam moujtahid en doctrine de la foi, il fut parmi les figures les plus en vue de son temps dans la maîtrise de la logique et les sciences traditionelles Islamiques, et il préserva la religion d’Ahl al-Sunna de la déviation des Mou`tazilites, des Chïites, des Anthropomorphistes et autres sectes aberrantes de son temps.»
Il rédigea dans son I`tiqadat firaq al-mouslimim wa al-mouchrikin:
Le sommaire de ce que disent les Soufis c’est que la voie de la connaissance d’Allah est l’auto-purification et la renonciation à l’attachement matériel, et ceci est une excellente voie… Les Soufis sont un groupe qui travaille avec réflection sur le détachement du soi et des pièges de la vie matérielle. Ils luttent afin que leurs cœurs soient uniquement occupés avec le souvenir d’Allah dans toutes leurs besognes et actions, et ils sont caractérisés par la perfection de leurs manières dans les relations avec Allah. En vérité ce sont les meilleurs de toutes les races des êtres humains.[174]
Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656)
L’un des grands saints de la Communauté, dit au sujet du tassawwouf:
Celui qui meurt sans être entré dans cette connaissance qui est la nôtre meurt en insistant sur ses péchés graves (kaba'ir) sans le réaliser.[175]
Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660)
Son surnom est «Le Sultan des Savants.» Le Cheick al-Islam de son temps, il étudia le hadith sous le hafiz al-Qassim ibn `Ali ibn `Assakir al-Dimachqi, et le tassawwouf sous le cheick al-Islam Chafi`i Chihab al-Din al-Souhrawardi (539-632), lequel al-Dhahabi appelle: «Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le mouhaddith, le Cheick al-Islam, le hors pair des Soufis…»[176] Il étudia aussi sous Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) et son disciple al-Moursi. L’auteur de Miftah al-sa`ada et al-Soubki dans son Tabaqat rapportent qu’al-`Izz disait à chaque fois qu’il entendait al-Chadhili et al-Mourssali parler: «Ceci est le genre de discours qui vient fraîchement d’Allah.»[177]
Dans ses deux volumes Qawa`id al-ahkam fi massalih al-anam sur ousoul al-fiqh il mentionne que les Soufis sont ceux au sujet desquels Allah dit: «Le parti d’Allah» (5:56, 58:22), il définit le tassawwouf comme «l’amélioration des cœurs à travers lesquels la santé des corps est saine et à travers lesquels les maladies des corps sont des maux.» Il considéra la connaissance des règles légales externes comme une connaissance de la Loi dans ses généralités, tandis que la connaissance des matières internes est une connaissance de la Loi dans ses détails les plus fins.[178]
Parmi ses livres sur le tassawwouf il y a:
· Charjarat al-ma`arif wa al-ahwal wa salih al-aqwal wa al-a`mal (L’arbre des sciences gnostiques, états, déclarations pieuses et actions) s’étendant sur vingt chapitres dont les septs derniers sont consacrés aux branches variées de l’ihsan dans la religion du croyant;
· Moukhtassar ri`ayat al’Mouhassibi, un abrégé du livre d’al-Mouhassibi sur l’Observance des droits d’Allah;
· Massa'il al-tariqa fi `ilm al-haqiqa (Questions sur la voie Soufie concernant la connaissance de la Réalité) dans lequel al-`Izz répond à soixante questions au sujet du tassawwouf;
· Rissala fi al-qutb wa al-abdal al-arba`in (Traité sur le Pôle des saints et les quarantes successeurs);
· Fawa'id al-balwa wa al-mihan (Les bénéfices des épreuves et des afflictions);
· Nihayat al-roughba fi adab al-souhba (L’obtention des vœux dans l’étiquette de la compagnie).
Malgré sa rigueur en toute matière, il est très connu pour son acceptation de la sama` ou les récitals poétiques, les mouvements du corps et la danse[179] associés avec des transes et autres états d’extase au cours du dhikr. L’Imam Ahmad rapporta dans son Mousnad:
`Ali dit: Je visitai le Prophète avec Ja`far (ibn Abi Talib et Zayd (ibn Haritha). Le Prophète dit à Zayd: «Tu es mon homme affranchi» (anta mawlay), à la suite duquel Zayd commença à sautiller sur son pied autour du Prophète (hajala). Le Prophète dit ensuite à Ja`far: «Tu me ressembles dans ma création et dans mes manières» (anta achbahta khalqi wa khoulouqi), à la suite duquel Ja`far commença à sautiller derrière Zayd. Le Prophète me dit ensuite: «Tu fais partie de moi et je fais partie de toi» (anta minni wa ana minka) je commençai à sautiller derrière Ja`far.[180]
Cheick al-Islam Ibn Hajar al-Haytami mentionne que certains savants ont déduit à partir de cette évidence la permissibilité de danser (al-raqs) à l’écoute d’un récital qui élève l’esprit.[181] al-Yafi`i est en accord avec lui dans Mir'at al-jinan.[182] Les deux mentionnent al-'Izz ibn `Abd al-Salam comme l’exemple parfait de tel savants dans la mesure où il est authentiquement rapporté que lui-même «prit part au sama`et dansa en état d’extase» (kana yahdourou al-sama` wa yarqoussou wa yatawajadou), comme cela est confirmé par Ibn al-`Imad sur l’autorité d’al-Dhahabi, Ibn Chakir al-Koutabi, al-Yafi`i, al-Nabahani et Abou al-Sa`adat.[183]
Cette permissibilité d’un type de danse de la part des Imams et des maîtres de hadiths exclue l’interdiction du sama` sur une base générale, aussi bien que la danse qui accompagne la sama`, sans égard aux réserves d’Ibn Taymiyya à ce sujet. Dans le langage des «Salafis» d’aujourd’hui, cela devient un interdit nul et non avenu.
Quant aux cas particuliers où la danse peut être interdite, il s’agit là des genres mondains de danse efféminée qui n’a rien avoir avec l’extase du sama` et du dhikr. Al-`Izz ibn `Abd al-Salam différencia les deux types dans ses Fatwas:
Danser est une bid`a ou une innovation qui n’est approuvé que par celui qui a une carence dans l’esprit. Elle n’est convenable que pour les femmes. En ce qui concerne l’écoute de la poésie (sama') qui excite vers les états de la pureté (ahwal saniyya), qui rappelle l’au-delà: il n’y a rien de mal en cela, au contraire cela est recommandé (bal youndabou ilayh) pour les cœurs tièdes et endurcis. Cependant, celui qui dissimule des idées malsaines en son cœur il ne lui est pas permis de prendre part au sama', car le sama' excite tout désir déjà présent dans le cœur, le désirable et le détestable.[184]
Il dit aussi dans son Qawa`d al-ahkam:
Danser et applaudir sont une mauvaise manifestation ressemblant à celle des femmes que personne ne tolère sauf les hommes frivoles et les menteurs… quiconque comprend la grandeur d’Allah ne peut s’imaginer en train d’applaudir et de danser car ces actes ne sont performés que par l’ignorant grossier, non par ceux qui ont un mérite et une intelligence et la preuve de leur ignorance est que la Chari`a n’a cité aucune preuve de ces actions dans le Coran et la Sunna, et aucun des Prophètes et leurs illustres compagnons ne le firent.[185]
al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama
Al-`Izz ibn `Abd al-Salam fut questionné dans sa Fatwa au sujet de la validité des déclarations de Qouchayri et Ghazali ¨que le plus haut niveau parmi les serviteurs d’Allah après les Messagers et Prophètes est celui des saints (awliya'), suivi de celui des savants (`oulama'). Il répondit:
Concernant la priorité des connaisseurs d’Allah sur les connaisseurs des lois d’Allah, les dires des maîtres Qouchayri et Abou Hamid (al-Ghazali) sont confirmés. Aucune personne, dotée de sens, ne doute que les connaisseurs d’Allah… non seulement sont les meilleurs que les connaisseurs des lois d’Allah, mais sont aussi meilleurs que ceux qui connaissent les branches et les racines de la religion, parce que le rang d’une science est selon ses buts immédiats… La plupart du temps les savants sont voilés par leur connaissance qu’ils ont d’Allah et de Ses attributs, autrement dit, ils seraient parmi les gnostiques dont la connaissance est continue, comme cela convient à la demande de la vraie vertu. Et, comment les gnostiques et les juristes puissent être les mêmes quand Allah dit: «Le plus noble parmi vous, auprès d’Allah est le plus pieux» (49:13)?.. et par les «savants» (`oulama´) quand Il dit «Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah» (35:28), Il fait cas de ceux qui Le connaissent, de même que Ses attributs, et Ses actions, et non ceux qui connaissent Ses lois… Un signe de la supériorité des gnostiques par rapport aux juristes est qu’Allah fait des miracles aux mains des premiers, mais jamais aux mains du deuxième groupe, à l’exception de ceux qui entrent dans la voie des gnostiques et acquièrent leurs caractéristiques.[186]
Ce ne fut pas nécessaire qu’al-`Izz introduise les savants de hadiths dans la mesure où ceux-ci sont considérés d’un niveau inférieur aux savants de fiqh et sont par conséquent inclus avec eux en-dessous des saints. Ibn Abi Zayd al-Maliki rapporte Soufyan ibn `Ouyayan disant: «L’hadith conduit à l’égarement sauf les fouqaha´,» et le compagnon de Malik, Ibn Wahb dit: «Tout maître de hadith qui n’a pas d’Imam en fiqh est égaré (dall). Si Allah ne nous avait pas sauvé avec Malik et al-Layth, nous aurions été égarés.»[187] Nous avons déjà mentionné l’avertissement de l’Imam Malik ¨ que la religion ne consiste pas en la narration de quantité de hadiths mais plutôt en la lumière qui prend siège dans la poitrine.
L’un des grands savants Soufis, le plus stricte des maîtres de hadiths des temps derniers et le plus méticuleux des juristes, Cheick al-Islam Mouhyiddin Yahya ibn Charaf al-Nawawi est avec al-Rafi`i les principales références de l’école Chafi`i des derniers temps. Ses livres restent toujours d’autorité dans la méthodologie de la loi, dans le commentaire du Coran et dans le hadith. Son commentaire de sahih Mouslim est en deuxième position après celui d’Ibn Hajar sur sahih Boukhari. Allah donna à sa fameuse compilation de Quarante Hadiths probablement plus de renommée et d’audience que tout autre livre de haditha, qu’il soit volumineux et petit, et permis à Nawawi d’être d’un immense bénéfice à la Communauté Islamique.
Nawawi était considéré comme un Soufi et un saint, comme cela est évident par les titres de quelques uns de ses travaux et celui de la biographie de Sakhawi intitulé Tarjamat cheick al-islam, qoutb al-awliya' al-kiram, faqih al-anam, mouhyi al-Din al-Nawawi (La biographie du Cheick de l’Islam, le Pôle des Nobles Saints, le Juriste de l’humanité, le Revivicateur de la Sunna et le Défenseur contre les innovations… al-Nawawi.)
Nawawi écrit dans son petit ouvrage intitulé al-Maqassid fi al-tawhid wa al-`ibada wa ousoul al-tassawwouf (Les buts de l’unicité, l’adoration et les fondations de l’auto-purification):
Les spécifications de la Voie des Soufis sont de cinq:
1. garder la Présence d’Allah en son cœur en public comme en privée;
2. pratiquer la Sunna du Prophète dans l’action comme dans le parlé;
3. se retirer des gens et ne pas avoir recours à eux;
4. être satisfait avec ce qu’Allah te donne même si cela est peu;
5. avoir toujours recours à Allah pour tous ses problèmes.[188]
Il rendit l’âme avant qu’il ne puisse finir son Boustan al-arifin fi al-zouhd wa al-tassawwouf (Le jardin des gnostiques dans l’ascétisme et l’auto-purification), qui est une collection précieuse des dires des premières et dernières générations des maîtres de tassawwouf élaborant sur quelques points de l’auto-purification. En voici quelques extraits:
Al-Chafi`i (qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde) dit: «Seul le sincère (moukhlis) connait ce qu’est l’hypocrisie (riya').» Ceci signifie qu’il est impossible de connaitre la réalité de l’hypocrisie et voir ses aspects cachés sauf pour celui qui cherche de manière résolue la sincérité (arada). Celui-ci, lutte pendant une longue période, cherchant, méditant et examinant profondément en lui-même jusqu’à ce qu’il sache ou connaisse quelque chose au sujet de ce qu’est l’hypocrisie. Cela n’arrive pas à tout le monde. En vérité, ceci arrive seulement aux élites (al-khawass). Mais pour un individu donné, affirmer qu’il connait ce qu’est l’hypocrisie est signe d’ignorance de sa part.
Je mentionnerai, dans ce livre, un chapitre par la volonté d’Allah, dans lequel tu verras un type de merveille qui rafraîchira tes yeux. Pour illustrer l’étendue de la dissimulation de l’hypocrisie, nous avons seulement besoin de rapporter le récit suivant de la part du Professeur et Imam Abou al-Qassim al-Qouchayri, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui, extrait de sa Rissala avec notre isnad mentionné auparavant.
Il dit: «j’entendis Mouhammad ibn al-Houssayn dire: J’entendis Ahmad ibn Ali Jafar dire: J’entendis al-Hassan ibn Alawiyya dire: Abou Yazid [al-Bistami], qu’Allah soit satisfait de lui, dit: J’étais pendant douze années le forgeron de mon égo (haddadou nafsi), puis pendant cinq années je devint le miroir de mon cœur (mir'atou qalbi), puis pendant une année je regardai ce qui reposa entre les deux, et je vis autour de moi une ceinture visible [c’est-à-dire de koufr = signe vestimentaire d’un sujet non-musulman d’un état Islamique]. Alors, j’ai luttai pendant douze années pour la couper et je la vis encore, et je la vis cachée autour de moi. Ensuite, je m’attelai pendant cinq années à voir comment la couper. Alors, je fus dévoilé (kouchifa li) et lorsque je regardai la création, je vis qu’ils étaient tous morts. Je récitai alors la prière funèbre sur eux.»
Je dis: Cette hypocrisie étant aussi énigmatique que les maîtres de cette voie [c’est-à-dire le tassawwouf] qui n’ont pas d’égal montre combien de fois il reste dissimulé. Sa phrase: «Je les vis tous morts» est le sommet de la valeur, de la beauté et la rareté autre que les mots du Prophète, la Paix et la Bénédiction d’Allah sur lui, regorge d’une telle richesse en significations. Je toucherai brièvement à ces significations. Le sens est qu’après qu’il ait lutté longtemps et difficilement et que son égo ait été discipliné et son cœur illuminé, et lorsqu’il eu conquis son égo et soumis et achevé une complète maîtrise sur lui et qu’il l’a totalement assujeti à lui, à ce moment, il regarda toutes les créatures et trouva qu’elles étaient toutes mortes et sans pouvoir:
elles ne peuvent faire du tort ni être bénéfiques
elles ne peuvent donner ni retirer
elles ne peuvent donner ni la vie ni la mort
elles ne peuvent communiquer ni trancher
elles ne peuvent transmettre ni oter
elles ne peuvent rendre heureux ni rendre triste
elles ne peuvent accorder ni dépriver
elles ne possèdent pour elle-même ni bénéfice, ni tort, ni mort, ni vie, ni résurrection.
Ceci, donne les caractéristiques de la mort aux êtres humains: ils sont considérés morta dans toutes les conditions ci-dessus mentionnées, ils ne sont ni craints ni suppliés, ce qu’ils possèdent n’est pas convoité, ils ne sont ni attrayants ni flatteurs, personne ne leur donne une attention, ils ne sont pas enviés ni dénigrés, leurs défauts ne sont pas mentionnés ni leurs fautes poursuivies et exposées, personne n’est jaloux d’eux ni ne pense aux faveurs qu’ils ont reçues d’Allah, et ils sont pardonnés pour leurs erreurs, quoique les punitions légales leur sont appliquées selon la Loi. Mais, ’application d’une telle punition n’exclue pas ce que nous avons mentionné auparavant, ni elle exclue notre effort de couvrir leurs erreurs sans au moins les dissuader.
Voici comment les morts sont vus. Et si quelqu’un mentionne les êtres humains de manière déshonorable nous lui interdisons de sonder ce sujet de la même manière que nous l’aurions fait s’il devait examiner un mort. Nous ne faisons rien pour leur intérêt nous les Lui laissons. Et, nous ne nous arrêtons plus à exécuter un acte d’obéissance envers Allah à leur sujet que nous le faisons au sujet d’un mort, et nous ne les louons pas. Et, nous n’aimons pas non plus leurs louanges à notre égard ni haïssons leurs insultes, et nous ne leur rendons pas la pareille.
En résumé, ils sont comme s’ils n’existaient pas . Ils sont sous la complète attention et juridiction d’Allah. Quiconque a des rapports avec eux de cette manière, a combiné le bien de l ‘autre monde et celui d’ici-bas. Puisse Allah Le Généreux nous donner le succès dans cet l’achèvement. Ces quelques mots sont suffisants pour expliquer les dires d’Abou Yazid al-Bistami, qu’Allah soit satisfait avec lui.[189]
al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678)
Nous mentionons ce wa`iz (prêcheur) parce qu’il a été souvent confondu avec Izz al-Din ibn Abd al-Salam al-Soulami, et ses brèves œuvres sur le tassawwouf sont attribuées par erreur à ce dernier. Dans cet ouvrage intitulé différentes façons : Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz et Zabad khoulasat al-tassawwouf, al-Maqdissi divise les niveaux du soulouk ou voies spirituelles en trois voies qui correspendent à la définition du Prophète au sujet de la Religion dans le hadith de Jibril:
L’Islam est le premier des niveaux de la Religion, caractérisant le commun des croyants;
L’Iman est le premier pas de l’échelle du cœur, et il caractérise l’élite des croyants;
L’Ihsan est le premier pas de l’échelle de l’esprit, et il caractérise l’élite de ceux qui sont rapprochés.[190]
Ses admirateurs citent ce juriste et maître de hadiths de l’école Hanbalite comme un ennemi des Soufis, et il est la principale autorité dans la campagne des «Salafis», responsables du climat actuel de fanatisme injustifié et l’encouragement à l’ignorance au sujet du tassawwouf. Pourtant, Ibn Taymiyya était lui-même un Soufi. Cependant, les «Salafis» sont très minutieux à ne jamais présenter le Soufi Ibn Taymiyya, ce qui gênerait sévèrement leur scénario il le présente comme purement un anti-Soufi.
Les discours d’Ibn Taymiyya sur le tassawwouf sont criblés de contradictions et d’ambiguités. On peut dire que quoiqu’il nivella toutes sortes de jugements sur les Soufis, il fut incapable de nier la grandeur du tassawwouf au sujet duquel la Communauté fut longtemps unanime bien avant que lui-même n’apparaisse. En conséquence, il affronta le tassawwouf, questionnant ces Soufis contemporains, et réduisant la primauté des élites des Musulmans à de la banalité, et au même moment il se vante d’être un Soufi Qadiri dans une chaîne directe de succession à Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, comme nous le montrerons dans les lignes qui suivent.
Il doit être clair dans l’esprit des lecteurs que la raison pour laquelle nous citons ces évidences n’est pas que nous considérons Ibn Taymiyya comme une figure représentative du tassawwouf. A notre point de vue, il ne représente ni le tassawwouf ni l’aqida de Ahl al-Sunna. Cependant, nous citons ces points de vues seulement pour démontrer que sa présentation erronée par les Orientalistes et les «Salafis» comme un ennemi du tassawwouf ne relève pas d’un examen minutieux. Sans tenir compte des opinions d’un groupe ou de l’autre, les faits montrent des évidences claires que Ibn Taymiyya n’avait pas d’autre choix que d’accepter le tassawwouf et ses principes, et que lui-même se réclama être un Soufi, et se para également du manteau (khirqa) de cheick dans l’ordre Soufi Qadiri.
Nous avons déjà cité l’admiration d’Ibn Taymiyya pour `Abd al-Qadir Gilani auquel il attribut le titre de mon «Cheick» (cheickhouna) et de mon «maître» (sayyidi) dans son entière Fatawa. Les inclinations d’Ibn Taymiyya pour les Soufis et sa révérence pour `Abd al-Qadir al-Gilani sont aussi témoignées à travers son commentaire de cent pages sur Foutouh al-ghayb, couvrant seulement cinq des soixante-dix-huit sermons du livre, mais montrant qu’il considéra le tassawwouf comme essentiel dans la vie de la Communauté Islamique.[191]
Dans son commentaire Ibn Taymiyya met l’accent sur le fait que la primauté de la Chari`a est la tradition de base dans le tassawwouf, et pour supporter ce point il donne une liste de plus d’une douzaine des premiers maîtres, aussi bien que des cheicks contemporains de son temps dont ceux de son école Hanbali, al-Ansari al-Harawi et `Abd al-Qadir al-Gilani, et le cheick de ce dernier, Hammad al-Dabbas:
Les élites parmi les pratiquants de cette Voie -- comme la majorité des premiers cheicks (chouyoukh al-salaf) dont Foudayl ibn `Iyad, Ibrahim ibn Adham, Ma`rouf al-Karkhi, al-Sari al-Saqati, al-Jounayd ibn Mouhammad, et autres de la première génération des maîtres, aussi bien que Cheick `Abd al-Qadir, Cheick Hammad, Cheick Abou al-Bayan et autres maîtres qui sont apparus plus tard – n’ont pas permis aux pratiquants de la voie Soufie de se démarquer des interdits et ordres de la législation divine, même si cette personne a volé dans les airs ou a marché sur l’eau.[192]
Quelque part encore, dans son al-rissala al-safadiyya, Ibn Taymiyya défend les Soufis comme ceux qui appartiennent à la voie de la Sunna et la représentent dans leurs enseignements et écrits:
Les grands cheicks mentionnés par Abou `Abd al-Rahman al-Soulami dans Tabaqat al-soufiyya, et Abou al-Qassim al-Qouchayri dans al-Rissala, étaient adhérants de l’école d’Ahl al-Sunna wa al-Jama`a et de l’école d’Ahl al-hadith, comme al-Foudayl ibn `Iyad, al-Jounayd ibn Mouhammad, Sahl ibn `Abd Allah al-Toustari, `Amr ibn`Outhman al-Makki, Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Khafi al-Chirazi, et autres; et leurs discours étaient fondés sur la Sunna , et ils rédigèrent des livres au sujet de la Sunna.[193]
Dans son traité sur la différence entre les formes permises de la prière et celles innovées, intitulé Rissala al-ibadat al-chariyya wal-farq baynaha wa bayn al-bidiyya, Ibn Taymiyya déclare sans erreur que la voie licite est la voie de «ceux qui suivent la voie Soufie» ou «la voie de l’auto-négation» (zouhd) et ceux qui suivent «ce qui est appelé pauvreté et tassawwouf», c’est-à-dire les fouqara et les Soufis:
Le licite c’est ce par quoi on se rapproche d’Allah. C’est la voie d’Allah. C’est la vertuosité, l’obéissance, les bonnes actions, la charité et la justice. C’est le chemin de ceux qui sont sur la voie Soufie (al-salikin), et la méthode de ceux qui ont l’intention d’atteindre Allah et de L’adorer; c’est celle qu’entreprend quiconque désire Allah et suit la voie de l’auto-négation (zouhd) et les pratiques religieuses, et ce qui est appelé pauvreté, tassawwouf etc…[194]
En ce qui concerne l’enseignement d’`Abd al-Qadir sur le fait que le salik ou l’aspirant Soufi doit s’abstenir des désirs permis, Ibn Taymiyya commence par déterminer que l’intention d’`Abd al-Qadir est que ce dernier renonce à ces choses permises qui ne lui sont pas imposées par la loi parce qu’il peut y avoir un danger pour lui. Mais jusqu’à quel point? Si l’Islam est essentiellement apprendre et appliquer les commendements Divins, il doit y avoir un moyen pour celui qui s’efforce sur la voie de déterminer la volonté d’Allah dans chaque situation particulère. Ibn Taymiyya reconnaît que le Coran et la Sunna ne peuvent pas couvrir explicitement tout événement spécifique dans la vie de tout croyant. Encore, si le but de la soumission à la volonté et au désir d’Allah doit être accompli par ceux qui veulent L’atteindre, il doit y avoir une voie pour celui qui y lutte de s’assurer du commandement Divin dans toute sa particularité.
La réponse d’Ibn Taymiyya est d’appliquer le concept légal d’ijtihad à la voie spirituelle, spécifiquement à la notion d’ilham ou inspiration. Dans ses efforts d’unir sa volonté avec celle d’Allah, le vrai Soufi atteind un état où il ne désire rien d’autre que de découvrir la plus belle œuvre, l’action la plus plaisante et la plus aimée d’Allah. Lorsque les données légales extérieures ne peuvent plus le diriger dans ces matières, il peut compter sur les notions d’inspiration (ilham) et de perception intuitive (dhawq) du Soufi:
Si le disciple a créativement employé ses efforts aux indications externes de la Char`ia et n’a pas vu la meilleure probabilité concernant une action, il peut être alors inspiré à cause de sa bonne intention combinée à sa peur d’Allah, il peut choisir parmi deux actions laquelle est supérieure à l’autre. Ce genre d’inspiration (ilham) est une indication concernant la vérité. Elle peut même être une forte indication par rapport à une faible analogie, des hadiths faibles, des arguments littéraires faibles (zawahir), et une faible présomption de continuité (istichab) qui sont employées par plusieurs qui fouillent dans les principes, les différences et du fiqh systématisé.[195]
Ibn Taymiyya repose son point de vue sur le principe qu’Allah a mis une disposition naturelle à la vérité au genre humain et lorsque cette disposition est enracinée dans la réalité de la foi et éclairée par l’enseignement Coranique, et que celui qui lutte sur le voie est incapable de déterminer la volonté précise d’Allah dans des cas spécifiques, alors son cœur lui montrera l’action préférée. Une telle inspiration est l’une des preuves importantes qu’il détient dans cette situation. Certainement, il se trompera quelque fois, faussement guidé par son inspiration ou sa perception intuitive de la situation, juste comme le moujtahid quelque fois se trompe. Mais il dit, même quand le moujtahid ou le disciple inspiré lutte dans l’erreur, il est obéissant.
Faire appel à ilham et dhawq n’est pas synonyme de suivre ses propres caprices ou ses préférences personnelles.[196] Dans sa lettre à Nasr al-Manbiji, il qualifie cette intuition de «foi-informée» (al-dhawq alimani). Son point est que, comme dans le commentaire du Foutouh, l’inspiration par expérience est ambigue et a besoin d’être qualifiée et par le critère du Coran et la Sunna. Elle ne peut conduire, selon lui, à la certitude de la vérité, mais ce qu’elle peut c’est de donner au croyant une assise ferme pour choisir la meilleure action dans une situation donnée et l’aider à confirmer sa volonté en des détails spécifiques de sa vie par rapport à celui de son Créateur et de son Commandant.[197]
D’autres travaux qui nous viennent de lui abondent d’ éloges pour les enseignements Soufis. Par exemple, dans son livre al-ihtijaj bi al-qadar, il défend l’accent mis sur l’amour d’Allah par les Soufis et leur volontarisme plutôt que l’approche intellectuelle de la religion comme étant en accord avec les enseignements du Coran, le hadith solide et l’ijma`al-salaf:
En ce qui concerne les Soufis, ils affirment l’amour (d’Allah), et